La nécessaire mort de la concordance
Il est encore de nombreux tenants de la politique du compromis, de l’entente cordiale, de la formule magique, de la collégialité érigée en dogme, de la fameuse concordance. Ils ont tort.
Si cette façon de gouverner héritée non pas de 1848 mais plutôt de 1874 a produit un certain nombre d’avancées, elle a aussi, historiquement, généré nombre de cacades et ratages, tous plus vite oubliés que fabriqués dans une Berne fédérale sur laquelle régnèrent jadis quelques politiciens de calibre.
Car aux côtés du principe de cette entente se tenaient en son temps des statures, des hommes (et pas de femmes) capables de dépasser ce brouet forcé pour faire avancer le pays. On abordait en plus les trente glorieuses, les budgets explosaient à un rythme que même l’augmentation du nombre de fonctionnaires inutiles n’a jamais réussi à devancer.
Puis survinrent quelques crises, quelques changements majeurs de société, quelques bouleversements des équilibres géostratégiques que nos braves élus oublièrent au passage comme s’ils ne s’agissait que de simples péripéties de l’histoire. Les derniers des Mohicans fédéraux avaient le front bas et la mine grise un fameux 6 décembre 1992 au soir : ils ne tardèrent pas à tirer leur révérence.
Depuis lors et à quelques exceptions près, on n’assiste non plus à l’exercice du pouvoir mais à la mise en œuvre, par des politiciens transformés en grands commis administratifs de l’Etat, de ce que les services fédéraux concoctent à longueur d’années pour justifier leur présence.
Et le drame dans cette nouvelle donne, c’est que les responsables ont complètement perdu la main tout en croyant la garder, résultat de la suprême subtilité de quelques grands échansons dont la permanence et la connaissance des dossiers est nettement plus forte que la simple compréhension qu’en ont leurs chef(fe)s. On ne peut diriger efficacement sans connaître ses dossiers, ce n’est pas Merz qui contredira cet adage.
Parallèlement à cet effacement des politiques, on peut constater la croissance constante et efficace des lobbies, qui contournent les gouvernants pour influencer directement les experts. Car, à l’image de la nature chimique, le politique a horreur du vide : il faut donc combler les trous par une avalanche d’avis et d’expertises, souvent aussi débiles que ceux qui conduisent à prôner un siège pour enfants de 12 ans à l’arrière des voitures, mais qui deviennent une sorte de vérité révélée.
Ce ronron fédéral ne produit plus rien de bon : la preuve, on a le choix entre attendre 10 ans pour obtenir une mini révision essentielle du droit de le SA ou inventer des solutions alternatives bien avant qu’elles ne figurent dans la législation. Et avec ce rien de bon, on perd, chaque année qui s’écoule, plus de crédibilité internationale et une bonne partie de ce qu’on pourrait appeler une productivité politique.
La Suisse est bloquée de l’intérieur : elle se met elle-même en situation d’otage libyen.
Pour débloquer cette situation, il n’y a guère qu’une solution : changer la Constitution en profondeur pour adapter notamment la gouvernance aux défis du 21e siècle. Et l’un des premiers changements à apporter est l’élection des Conseillers fédéraux au scrutin de liste et par le peuple, avec un droit de sanction un peu calqué sur l’impeachment américain.
Le deuxième est sans doute la mise en place de ministres politiques révocables par le gouvernement lui-même, ainsi que la professionnalisation du Parlement . Car si la fabrication de dentifrice ouvre des voies, elle ne fait pas encore le responsable politique.
Comme pour l’armée, gouverner est un métier et l’exercice de ce métier ne peut plus être laissé à de gentils novices sans envergure. On a le pouvoir qu’on mérite.
Mots-clés : concordance, fin, formule magique, SuisseLe Parlement cède : enfonçons le clou
C’est fou comme le parlementaire de tous poils a la trouille de ne pas être réélu dans son confortable fauteuil de velours et dans ses avantages pécuniaires et autres. Il suffit que le peuple le gifle à bon escient un dimanche pour qu’il remette immédiatement le mercredi déjà les pendules à l’heure et se soucie soudain un peu plus, pas assez encore, du sort des citoyens de ce pays.
Le Conseil national est en effet revenu aujourd’hui sur ses positions débiles antérieures au sujet de la loi sur le chômage, au nom de la justice sociale ..
Le dramatique PLR Charles Favre, sorte de gnome UDC qui s’ignore, n’hésite évidemment pas à montrer sa bouille inénarrable en première page du Temps pour parler de « juste équilibre entre le souci social et responsabilité » justifiant son opposition manifestée jusque dans le dernier vote à toute main tendue vers le chômeur.
En fait, il ne pense pas une seule seconde ce qu’il dit, mais devait bien trouver une explication politiquement correcte à ce soudain retour de manivelle.
Il faut que le peuple comprenne que le bâton sur le cul est le seul langage que comprenne le parlementaire de base. On en a la preuve flagrante aujourd’hui et s’il faut se réjouir de ce début, il nous enseigne qu’il ne faut surtout pas relâcher l’étau.
Les ennemis de la vraie démocratie peuplent les couloirs dorés de la Berne fédérale, camouflés sous une série d’AOC patriotiquement marquées et aussi diverses que UDC, PLR, UDF ou PDC, etc. Ce petit monde vit sous une cloche à fromages qui le protège des atteintes du monde extérieur. Il s’auto-régule et ne vit que pour lui, pour son propre confort. Ne pas s’en rendre compte est une erreur grave.
On doit absolument faire en sorte de condamner au chômage politique en 2011 celles et ceux qui ont osé imaginer et soutenir des positions aussi extrémistes et irréalistes que celle du PLR susmentionné.
Et sans indemnité, ils auront gagné suffisamment longtemps leur vie sur le dos du peuple en ne proposant que des inepties à rebours de toute logique économique, sociale et politique.
Mots-clés : charles, extrémistes, favre, plrQuincaillerie fédérale
En prenant une mémorable claque ce weekend, la partie bourgeoise du Conseil fédéral et le personnel politique suisse de droite ont la gueule enfarinée depuis hier, se confondant en misérables et vaines explications au terme desquelles le peuple finit toujours par avoir mal compris et fait des amalgames inappropriés.
A propos d’amalgame, la simple conception du plombage LPP rejeté hier a coûté quelques bonnes dizaines de millions de francs en rémunération de glossateurs débiles et de spécialistes pas nets, grâce à l’ inefficacité parlementaire suisse proverbiale. Même dans la défaite experts et scribouillards s’en tirent toujours car ils ont pu vendre leurs salades avant qu’elles ne deviennent inutiles …
Les braves commentateurs de la presse standard se sont rués exclusivement sur l’avis du peuple allié au nécessaire rééquilibrage des retraites en fonction de l’allongement de la durée de vie pour expliquer le résultat. Le juste milieu qui ne mène à rien et ne veut rien dire.
En revanche aucun ne s’est risqué à constater que la faiblesse du personnel politique suisse et du gouvernement en particulier à la suite de cette votation devrait donner un sérieux coup de pouce à la future votation sur l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Car défiance il y a et défiance il y a raison d’avoir. Merz devrait avoir disparu depuis des mois dans une démocratie normale. Burkhalter est une erreur de casting grave et Doris a une idée de la politique aussi habile que celle de Wawrinka au sujet du tennis en coupe Davis (et en général).
Quant à la question des retraites, le premier pas de sa solution est simple, beaucoup plus simple qu’on ne veut le laisser croire : il faut traiter les assureurs sur plan d’égalité avec les banquiers escrocs et leur retirer entièrement le juteux business du 2e pilier. Pour ne le conserver que dans une caisse unique ou alors dans ces caisses paritaires gérées selon des règles un peu raisonnables et avec des coûts de fonctionnement qui ne permettent pas l’attribution de bonus indécents.
Ensuite, la définition des règles n’est pas si compliquée que ça, à condition de disposer d’une mesure bonne et fiable et non pas de cinq échelles de taux de mortalité contradictoires et dessinées en fonction des besoins de celui qui la paye. Enfin on a besoin d’un Conseil fédéral politique et non gestionnaire comptable des vis et des clous de la petite quincaillerie fédérale : et pour ceci, il faut que le peuple s’empare de son élection et fasse le ménage.
Un coup de balai à ce niveau aura comme résultat immédiat d’autres coups de balai nécessaires dans une administration pléthorique qui préfère étudier (pour ensuite légiférer)avec 20 spécialistes grassement payés le comportement de la chauve-souris grise à queue verte en territoire de moyenne montagne orientée Nord que de traiter correctement et surtout efficacement des problèmes de base et essentiels.
Mots-clés : clous, petites-lettres, visAcharnement ou recherche de la vérité ?
S’étant fait casser l’œuvre de sa vie, à savoir la condamnation obtenue à Vevey, le procureur vaudois n’est pas content et frappe des pieds par terre depuis des mois. On lui a enlevé son hochet de platine, son trophée.
Le gentil rondouillet se transforme donc, de façon artificielle et jouée comme dans un mauvais cours de théâtre, en méchant qui gronde et qui fait peur. Un gnafron pas drôle. Un méchant qui fait dire n’importe quoi aux témoins et singulièrement au témoin-clé avec la facilité de celui qui passe une bonne partie de son temps dans les prétoires depuis des années alors que ceux qu’il interroge n’y viennent peut-être qu’une fois dans leur vie .
Une vieille technique proche de la torture morale qu’on croyait révolue mais dont semble-t-il le président du Tribunal criminel de Lausanne use aussi en ne cessant à intervalles réguliers de marquer son territoire par des grands coups frappés sur la table.
Il se peut que l’un et l’autre de ces magistrats ait quelques notions juridiques résiduelles, ce qui reste encore à prouver. En revanche, ils démontrent ce faisant, et en acceptant l’audition du détective qui tache et se permet des conclusions hors de propos, que ce n’est pas l’intime conviction du tout qui les guide, mais leur seule volonté farouche d’avoir raison et d’écraser le faible.
Ils en deviennent de moins en moins crédibles à chaque coup de gueule ou à chaque coup de main sur la table. Et privent d’un très petit crédit résiduel l’institution à laquelle ils appartiennent.
L’audience d’hier a entendu un témoin qui lui a vu l’une des victimes le 26 décembre. Hors toute chronologie officielle reconnue jusqu’alors comme « vérité judiciaire ».
Il ne faudra donc pas que les jurés se laissent traiter de la même façon que les témoins ou l’accusé : l’homme n’est pas une statue de glaise que l’on modèle à son envie. Et la contrainte, sinon juridique mais du moins morale n’est pas très éloignée non plus.
Visiblement l’enquête et l’accusation ne démontrent rien de probant. Ce n’est pas avec ça qu’on tue civilement et moralement un homme. En revanche c’est comme ça que l’on accède au club fermé (il existe …) de ceux qui dans le canton de Vaud ont soit défendu soit fait condamner un individu à la réclusion à vie.
Triste façon d’exercer un pouvoir confié pour le bien des autres et non pour satisfaire un ego ventripotent et prêt à exploser.
Ces Messieurs devraient se souvenir, chaque matin en enfilant leurs robes respectives, qu’ils font pipi comme tout le monde et ne descendent ni de Vulcain ni de Zeus, sinon ça se saurait …
Mots-clés : légeret, procureurLa râpe fédérale
Quelle que soit la matière que l’on considère, si elle comprend un iota de social, le Parlement actuel va chercher à en râper les coûts au détriment de la population. De révision en révision, l’AI subit les assauts qu’on connaît : à ce rythme, un poly-traumatisé sera considéré comme complètement apte à courir le 100 mètres avant 2015.
Le jeune chômeur ne touchera pas un sou avant l’âge de 55 ans au moins, pour éviter qu’il ne prenne de mauvaises habitudes. L’assuré-maladie payera encore trois fois plus qu’aujourd’hui pour bénéficier d’une médecine aussi subtile et professionnelle que celle qui a inventé les risques de la grippe AH1N1 et géré sa juteuse « pandémie ».
Le risque accidents sera supprimé au motif que le principe de précaution est la règle et l’AVS diminuera ses prestations de façon drastique.
Contrairement aux apparences, il n’y a aucun élément de politique-fiction dans cette courte énumération, mais simplement le résultat d’un entêtement stupide des majorités bourgeoises du Parlement qui sont comme atteintes d’une maladie de la langue bleue très grave et particulièrement contagieuse.
On remarquera en plus que les symptômes de cette maladie se font remarquer depuis quelques années, mais que depuis que l’argent ne doit servir qu’à sauver banques et Etat, selon les préceptes du nouvel évangile selon saint Ospel, le parlementaire bourgeois redouble de bêtise et s’enferme dans ses contradictions.
Il veut en effet une Suisse performante et attractive. Sauf qu’il fait tout pour que le contraire soit atteint. Il veut un pays moderne. On se rapproche du 19e siècle à grands pas. Il veut avoir raison, et il trébuche sur chaque marche de l’escalier qui monte mais qu’il ne cesse de descendre sans s’en rendre compte.
Il y a bientôt des élections fédérales. L’occasion unique pour le peuple de renvoyer chez eux tous ces guignols pas drôles et manquant totalement d’intelligence et de jugeote. Le dernier exemple date d’il y a quelques minutes: les aimables gnomes de la FINMA viennent d’admettre, après une longue et coûteuse étude dont des parcelles seront publiées un jour, que les banques suisses n’ont pas très bien agi dans l’affaire Lehman Brothers.
Certes les gnomes de la FINMA ne sont que des fonctionnaires, mais qui déteignent sur le politique ou s’imprègnent de cette maladie de l’à peu près, de la compromission et du non-dit, le tout dans une atmosphère de dilettantisme et de manque de vista qui caractérise la Berne fédérale.
Sans changement drastique du personnel politique, la Suisse va retourner en deux décennies dans un état proche de la liquéfaction. Et ceux qui en sont responsables se seront servis au passage sur la bête, en faisant justement en sorte, comme l’UDC et le PLR, que la bête ne le remarque pas.
Et si la bête faisait enfin en sorte que sa langue à elle change de couleur pour virer au rouge ?
Mots-clés : limer, presser, râpe


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