On apprend que l'ASIN, cette sinistre Association "pour une Suisse indépendante et neutre", fréquentée par les membres de l'UDC et soutenue par les fonds des gourous de cette secte va lancer un livre noir et proposer quelques initatives populaires qui, si elles devaient rencontrer l'approbation du peuple suisse, propulseraient le pays en plein 19e siècle et dans une position aussi excentrée géopolitiquement que les îles Marquises par rapport à la France métropolitaine.
En plus, l'ASIN vient de déclarer ouvertement qu'elle ne voulait plus de Samuel Schmid au Conseil fédéral et que Micheline Calmy-Rey devait changer de département, vu le nombre d'entorses à la neutralité qu'elle a commises au nom de la Suisse.
On sait bien cette association complètement dépassée tant par les événements que dans l'analyse géopolitique moderne. Il vaut toutefois la peine de se poser en trois mots la question de la neutralité de la Suisse au 21e siècle.
Commençons peut-être par rappeler que le peuple suisse (chose rare dans les démocraties) a voté sur l'entrée de la Suisse à l'ONU. Ce faisant il a clairement indiqué qu'il n'entendait pas que la Suisse reste en dehors du concert des nations et des tensions internationales, non pas pour y prendre un parti définitif, mais très certainement pour y jouer un rôle modérateur.
Est-il contraire à la neutralité de dénoncer un génocide au Darfour ? est-il contraire à la neutralité de tenter de résoudre un morceau de la crise au Proche-Orient ? est-il contraire à la neutralité de participer à un détachement de maintien de la paix au Kosovo ? non, franchement, l'ASIN se trompe de siècle, de cible et de chapitre.
Rien de ce qui précède ne prête à discussion, le concept de neutralité devant se restreindre à ne pas prendre parti pour tel ou tel belligérant dans un conflit armé ouvert selon les normes du droit international. Les actions menées ces dernières années par la Suisse sont toutes régies par ce principe de solidarité internationale active qui découle des engagements internationaux de la Suisse, qui rappelons-le aussi héberge le pôle genevois de l'ONU et ses institutions spécialisées, et qui abrite aussi en qualité de dépositaire la Convention Européenne des droits de l'homme et du citoyen.
Que l'on ne veuille pas prendre parti dans une hypothétique guerre entre les Allemands et les Français en 2010, ceci on le veut bien, ça entacherait la neutralité.
Mais vouloir émasculer la Suisse pour en faire un village de nains de jardin relève de l'inconscience la plus coupable, de l'égoïsme le plus crasse et de l'incompétence la plus totale.
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