Le Temps-Blocher : alignez !

On sait que l’Université de Saint-Gall est depuis des décennies un repère de conservateurs acquis par dogme pur et dur au libéralisme le plus effréné.

On sait aussi que les diplômés qui en sortent sont formatés et donc incapables de vues critiques à l’égard du modèle économique de la libre entreprise et du marché. Et ceci même après la crise qui vient de secouer la planète et qui continue en sourdine de secouer l’UBS si l’on en croit l’évolution erratique de la valeur de son titre et les informations qui filtrent de l’intérieur malgré une application saint-galloise du secret bancaire.

Mais dans la série des gauloiseries graves qui feraient rire si on n’était pas à Saint-Gall, on apprend ce matin que Christoph Blocher qui ne supporte pas de ne pas (plus) être au devant de la scène a l’outrecuidance de briguer le poste de professeur d’éthique « en tant que père de famille, comme chef d’entreprise et comme politicien ayant toujours cherché à agir de manière juste et pragmatique», pour enseigner «la portée sociale et éthique de la conduite d’une entreprise».

On ne savait pas que pour enseigner dans cette Université du bout du pays il fallait d’abord être père de famille et ensuite pragmatique.

On ne savait pas non plus que Blocher avait une idée de l’éthique autre que celle qui a servi dans les sinistres années des chemises brunes. On n’avait par ailleurs pas encore vu l’UDC vouloir infiltrer aussi ouvertement une Haute Ecole, même si de ce côté de la Sarine, on trouve aussi quelques illustres représentants de commerce d’une théorie du marché portée à un paroxysme débile.

Le plus étrange, ou le plus naturel selon le point de vue duquel on regarde, est le traitement médiatique réservé à cette nouvelle. On se contente, par exemple dans le Temps, de reprendre l’information pour la compléter un peu avec un pronostic sur les chances de succès de saint Christoph, mais sans même l’ombre d’une interrogation sur la justification de cette candidature qui est à l’Université et à l’éthique ce que le mouton noir UDC est à la zoologie de pointe.

Étrange silence d’un média institutionnel qui manque là une occasion de porter un petit commentaire personnel.

Ou alors faut-il croire qu’à jamais la presse économique et ses rédacteurs sont de fervents admirateurs de Christoph au point qu’ils en perdent tout recul dans leur analyse de l’information.

Ce n’est pas en omettant sciemment le commentaire dans ce genre de circonstances que les médias institutionnels vont gagner en crédibilité et sur le terrain du combat pour l’augmentation d’un lectorat fuyant devant leur absence de volonté d’apporter à l’actualité une valeur ajoutée.

Triste constat, car là on ne parle pas du Matin.

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Catégorie: Médias

Commentaires (2)

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  1. mouche du koche dit :

    Le journal Le Temps a pris le relais malgré lui du Journal de Genève pour ce qui est de la rubrique économique, avec des pseudos spécialistes. La rubrique caresse bien sûr dans le sens du poil tout ce qui est libéral et adepte de la libre entreprise. Le gros souci des quotidiens aujourd’hui est de tenir le coup financièrement et seuls les annonceurs le garantissent. Alors allez dire du mal de Blocher et consorts et voilà quelques annonces qui vous échappent et grippent encore plus votre tiroir-caisse. Quand le Temps traite du développement durable et de l’économie, pas l’once d’un regard critique ! Je ne crois pas qu’un seul quotidien traite actuellement l’économie de manière neutre et partiale. Il faut ce qu’il faut : les annonceurs tiennent toujours le couteau par le manche !

  2. halcyon dit :

    On dirait une tendance générale des médias d’information globalisés, qui malheureusement se réduisent de plus en plus à de simple relais, retranscrivant mécaniquement et fidèlement les opérations de « communication » les plus transparentes. Et si on était revenu au temps des copistes moyenâgeux?

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