Hausse du prix du pétrole : test grandeur nature organisé

On trouve un nombre invraisemblable de commentateurs économiques qui essayent d’expliquer la hausse du prix du pétrole ces derniers temps, chacun  avec son argumentation plus ou moins infondée. Ou alors d’analystes bancaires aussi fins que ceux qui n’ont pas vu la crise des subprimes venir et qui osent encore expliquer aujourd’hui pourquoi elle est là, enfin a commencé à passer par là en laissant sur le chemin de nombreux dégâts collatéraux.

Ce que l’on sait bien sûr est que la demande augmente terriblement, en Chine et en Inde notamment. Sauf que ces pays et leurs consommateurs ne pourront pas tenir indéfiniment le rôle de boucs-émissaires que leurs réservent les pétroliers, les cheiks et leur suite : ils n’ont pas les reins assez solides,

Non, il semble que la meilleure raison pour expliquer cette hausse si gigantesque soit le test grandeur nature organisé. Les pétroliers veulent voir jusqu’où ils peuvent aller trop loin évidemment sur le dos du quidam lambda et avec la bénédiction des Etats (dont la Suisse aussi) qui se remplissent les poches de taxes. La TVA est proportionnelle au prix de vente, ne l’oublions pas et les caisses sont vides (dit-on) …et donc le scénario du test grandeur nature prend toute sa signification (en plus ça rapporte à court terme des montagnes de milliards).

On sait que le pic de production de pétrole se situe quelque part vers 2020-2030. Il faut donc voir jusqu’où l’imbécile veut et peut aller pour mettre de l’essence dans sa voiture et pour se chauffer. Ensuite, sous couvert de sous-production et de sur-demande, on nous fixera agréablement un prix du baril n’ayant rien à voir avec un prix de production, mais uniquement avec un seuil de tolérance aux excès des spéculateurs.

Voici un des "beaux côtés" du libéralisme. Et pendant ce temps, la pétulante Doris qui pourrait faire quelque chose pour soulager le consommateur n’a rien trouvé de mieux à dire qu’elle serait favorable à une baisse de taxes sur le diesel ….. oui mais faudrait peut-être agir plutôt que de gloser

Tags: , , , ,

Catégorie: Brèves

Commentaires (9)

Trackback URL | Comments RSS Feed

  1. Dani dit :

    Faut-il te compter au nombre des « commentateurs économiques qui essayent d’expliquer la hausse du prix du pétrole ces derniers temps, chacun avec son argumentation plus ou moins infondée » ? 😉 😉

    Si l’argument du « test » tient vraiment la route, alors pourquoi seulement aujourd’hui, en 2008 ? A tout prendre, les producteurs auraient dû jouer ce jeu depuis longtemps (ils y auraient nettement gagné)… Ou alors, il faudrait expliquer pourquoi cette idée leur vient tout à coup maintenant (pling !).

    Quant à « On sait que le pic de production de pétrole se situe quelque part vers 2020-2030 », c’est assez vite dit « on sait »… La date du pic pétrolier est vivement discutée entre les spécialistes et certains la placent entre 2005 et 2008 déjà (et pas les moins sérieux !), d’autres allant justement jusqu’à 2030. En fait, il est très difficile de pronostiquer ce pic, car les réserves pétrolières sont pour la plus grande part sous le seau du secret d’Etat (et notamment, les pays de l’OPEP fixent leurs quotas de production sur la base des réserves déclarées, qu’ils n’ont donc aucun intérêt à sous-estimer – et comme l’OPEP représente les 3/4 des réserves dites prouvées…).

    Je crois que c’est suffisamment complexe…

    Amicalement, Dani

  2. kalvin dit :

    @Dani

    Pourquoi 2008 : pour deux raisons essentielles, a) avant la Chine et l’Inde n’avaient pas les moyens de résister un peu à l’essai et b) la crise dite des subprimes n’est pas un hasard et joue un rôle direct dans la réorientation des investisseurs-spéculateurs dans les matières premières (agricoles, transformables ou fossiles)

  3. Dani dit :

    Re :

    OK, mais les deux acteurs que tu nommes ici (les émergents, Chine, Inde, etc. et les investisseurs qui se tournent vers les produits financiers basés sur les matières premières) sont partie prenante de la demande.

    Or, ton article incrimine l’offre des pétroliers !!!

    J’aimerais croire que l’offre des pétroliers est volontairement limitée. Le problème, c’est que la quasi-totalité des producteurs sont très proches de leurs limites de capacités, que le sous-investissement ne date pas d’hier et que la sous-dotation en capacités de raffinage est aussi passée par là. D’autre part, les découvertes de nouveaux gisements sont très largement inférieures à la production depuis plusieurs dizaines d’années !!!
    Je soupçonne personnellement que les pétroliers ont largement sur-estimé leurs réserves depuis longtemps (que ce soient les Etats ou les firmes pétrolières multinationales _ à l’exception depuis quelques années de Shell, dont les dirigeants tiennent un langage assez neuf) et qu’ils se retrouvent maintenant devant des choix cornéliens. Alors, il n’est pas exclu qu’ils évitent d’investir massivement, tout simplement parce que ces investissements ne seraient pas suffisamment rentables étant donné l’état de leurs réserves (eux, ils les connaissent, justement). Leur politique consisteraient à faire durer leur produit (un peu à l’image des prolongations de cycle de vie de produit comme en marketing)…
    Ce n’est bien sûr qu’une hypothèse, corollaire de l’approche du pic pétrolier, mais on ne peut pas la rejeter simplement d’un revers de main…

    Simplement, ton hypothèse sur le « prix-test » est assez éloignée des habituelles rationalités économiques. De plus, une augmentation trop rapide des prix n’est pas véritablement favorable aux producteurs, puisqu’elle induit des stratégies de substitution, au contraire d’augmentations plus progressives…

    Compte-tenu d’un dose non-négligeable de spéculation dans le prix actuel, mais en remarquant que les tensions géopolitiques ne sont pas exceptionnelles actuellement, il faut tout de même admettre qu’il « se passe quelque chose ». Pour mémoire :

    2002 : 18 dollars le baril
    2006 : 60 dollars
    2 janvier 2008 : 100 dollars
    7 mai : 121 dollars
    aujourd’hui : 132 dollars

    Ce débat est passionnant, les inconnues sont grandes…

    (bref, désolé de jouer mon rôle de prof d’éco…)

    A+
    Dani

  4. kalvin dit :

    @ Dani

    Pas besoin d’être désolé de « jouer ton rôle » de prof. Je ne suis pas comme ça. J’ai lancé une hypothèse, j’admets avec toi que les données sont très complexes. Ceci dit, même si dans le billet je parle des émergents comme demandeurs – et j’ai été trop restrictif là – n’oublions pas non plus leur rôle (s’agissant de la Chine) de producteurs et notamment de la fameuse Petrochina dans laquelle notre chère UBS détient pas mal de parts et qui est tout simplement la plus grosse capitalisation boursière au monde. Donc en tous cas en ce qui concerne la Chine on a affaire à une double qualité de consommateur producteur et, en passant, jouant un rôle pas sympa au Soudan et donc au Darfour.
    Sur le moment du pic, pourquoi pas, c’est vrai que personne hors les pétroliers le connaissent et encore il évolue même pour eux.
    Je ne peux m’empêcher de penser comme toi « qu’il se passe quelque chose », et ça m’énerve simplement de voir ce prix monter sans que nos autorités ne bougent le petit doigt : j’ai le pressentiment quand je remplis ma voiture de me faire rouler … (si j’ose dire) par des manipulations de prix non strictement dictées par un marché classique d’offre et de demande, et un mécanisme que je crois truqué sans du tout entrer dans des thèses conspirationnistes.

    Edit de 07h00

    On croit qui dans cette histoire de cache-cache et de menteurs….

    Pétrole: le secrétaire général de l’OPEP pas inquiet sur l’offre

    Le secrétaire général de l’OPEP Abdallah al Badri ne s’inquiète pas après les informations selon lesquelles les principaux gisements pétroliers mondiaux s’épuiseraient plus rapidement que prévu. Il estime que les prix actuels relèvent de la spéculation.

    « Ces prix n’ont rien à voir avec une pénurie de pétrole sur le marché. Ils ont à voir avec d’autres facteurs », a dit le secrétaire général en visite sur un gisement dans la jungle équatorienne.

  5. fdidier dit :

    La récente hausse à plus de 130 dollars semblent être due au fait que certains spéculateurs sortent de leur positions short et font ainsi monter le prix actuel. Ils se sont trompés en croyant que le prix allait redescendre et maintenant ils doivent acheter plus cher pour revendre moins cher. D’où la hausse, qui devrait ainsi être temporaire.

  6. Michelle dit :

    « sans que nos autorités ne bougent le petit doigt »

    Si par « nos autorités » tu entends les autorités politiques suisses, je crains qu’elles ne puissent pas faire grand chose pour influencer le cours du pétrole. Et comme plus le prix est élevé, plus l’Etat engrange de taxes…

    Les spéculateurs de tous bords portent une lourde responsabilité dans cette histoire.

  7. kalvin dit :

    @ Michelle

    Nos autorités, je les voyais juste faire un geste en baissant les taxes notamment celle sur le diesel qui est plus lourd que l’essence,plus aussi polluant mais plus taxé, car pour le reste on est bien d’accord, ils n’ont que les yeux pour pleurer .. et encaisser plus

  8. kalvin dit :

    @fdidier

    OK, sur ce qui dépasse 100-120 dollars, mais la tendance générale va quand même rester haute je crois

  9. Dani dit :

    Il n’en reste pas moins :

    – qu’il y a sous-investissement : donc, on peut vraiment se poser des questions sur les réserves.

    – que depuis que le pétrole a passé le cap de 50 $, on nous parle tout le temps de spéculation, ce qui est idiot. Ou alors, c’est de la spéculation de très long terme, ce qui ramène à la question des réserves…

    – que les producteurs n’ont PAS INTERET à une hausse aussi rapide, puisqu’elle peut induire des substitutions dans les politiques de long terme (et un importateur net, même producteur, comme la Chine non plus !)

    Je suis très curieux de voir la suite des événements. Le 200 $ ne m’étonnerait pas !

Laisser un commentaire