5.6 milliards pour Noël !

14 novembre 2007 | par | 3 commentaires Plus loin

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A en croire les données d'une étude de la firme Deloitte, les Suisses s'apprêtent à dépenser plus de cinq milliards et demi de nos francs à l'occasion des prochaines fêtes de Noël. Ce chiffre est totalement ahurissant. Il représente en gros 5 années cumulées de déficit de l'AI ou encore le prix total de 14 Airbus A 380 flambants neufs, aucun rabais encore négocié sur le prix catalogue. Il ne manque pas d'interroger sur le plan moral, notamment.

Loin de nous l'idée de vouloir jouer les calvinistes de base stupides et obtus (pléonasme sans doute). Le cadeau a sa justification, il ne doit pas être banni, mais sa mesure serait utile. La hauteur des dépenses prévues laisse rêveur, voire inquiet sur une société où l'argent et la consommation sont devenus les  nouvelles composantes principales de l'opium du peuple, remplaçant en quelque sorte la religion.

On assomme le bon peuple, on l'empêche de penser en lui permettant voire en l'obligeant à dépenser sans compter, ce qui l'entraînera l'année suivante à assumer des dépenses qui finalement n'avaient pas de véritable réalité économique ni de but précis, pour l'essentiel. Sorte de cercle vicieux dans lequel les marchands tiennent à la fois les cordons de la bourse et la laisse qui guide le consommateur citoyen bêtifiant et sage.

Certains auraient ici parlé de vériable aliénation, de disparition des repères du juste et du faux, de la juste mesure, du sens de l'équitable et du partage. Tant qu'il consomme et peut consommer, le citoyen ne prend ni le temps de se rebeller ni même celui de penser et de réfléchir à sa propre identité, sa propre fonction, sa propre place ici et maintenant.

Il n'est pas très étonnant que dans certaines élections les partis qui prônent le chacun chez soi et pour soi rencontrent du succès. Il jouent précisément sur cette aliénation et cet individualisme qui est devenu la règle, un peu comme l'est celle de l'enfant-roi. Ces règles de réalisation personnelle sont indirectement issues de mai 1968 et figurent en bonne place dans la littérature scolaire et dans les rayons "développement personnel" toujours plus fournis des librairies, également dans les conversations quotidiennes et les poncifs journaleux ou du café du commerce.

En réalité, il ne s'agit rien moins que de détournements de principes sociaux essentiels. Animées d'une telle fringale de consommation, d'un tel individualisme, nos sociétés occidentales vont droit dans le mur. Tout d'abord la consommation excessive et ne couvrant pas de besoins réels n'est par définition pas écologique. Ensuite, l'image donnée aux enfants dans cette société ne peut que les entraîner vers une envie de copie tôt ou tard.

Enfin, dans l'immédiat, le partage n'existe quasi plus, ni même son idée. Bien sûr il se trouve quantité d'institutions destinées à donner bonne conscience au bon peuple par tel ou tel don qui finalement ne représente à l'unité que peu de choses. Ces dons permettent sans aucun doute de soulager les plus faibles et les plus démunis. Ils soulagent aussi à très bas prix les consciences qui se dépêchent de déposer leur obole dans une urne pour filer dépenser ailleurs en douce et plus encore.

On pourrait se prendre à rêver et imposer les cadeaux de Noël, disons de 10 %. Cet impôt qui représenterait la bagatelle de 560 millions de francs pourrait par exemple être affecté à des buts sociaux, pourquoi pas visant à augmenter les normes minimales de l'aide sociale qui sont d'une délirante et débile faiblesse et qui ne représentent plus rien par rapport au véritable coût de la vie.

Une sorte d'actions cartons du coeur qui ne priverait le petit chéri de sa maman que d'un seul bonbon sur 10, et qui permettrait peut-être par cette privation une prise de conscience chez le même petit chéri, mais je sais je rêve, éveillé.

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Catégorie: Res politica

Commentaires (3)

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  1. Michelle dit :

    Ce chiffre est tout bonnement ahurissant!

  2. halcyon dit :

    Je n’ai rien à ajouter à ton analyse que je partage pleinement. La grande distribution a maintenant recours au « vert » et à l’équitable pour donner bonne conscience aux consommateurs – voiture verte (protéger l’environnement en roulant), café « équitable » (changer le monde en faisant ses courses)…aux côtés de « faire la guerre pour la paix », ce renversement sémantique (une sorte de novlangue à la Orwell) du langage participe à mon avis grandement à cet engourdissement éthique généralisé…

  3. Sugus dit :

    Une idée. 10 personnes à Noël. On fait 10 billets avec sur chacun le nom d’une personne. On mélange et on tire chacun 1 billet. Si on tire son nom on le remet et tire un autre. On achète 1 seul cadeau destiné à la personne tirée au sort. Ainsi chacun a 1 cadeau et la corvée des achats se résume à un seul cadeau! Cela devient un vrai plaisir de le choisir et de le préparer 🙂

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