Albert Jacquard franchit la ligne rouge

14 septembre 2007 | par | 14 commentaires Plus loin

jacquard2.jpgDans une interview donnée au Temps de ce jour, le célèbre généticien français aborde la question générale de ce qui est permis en biologie cellulaire en rapport avec le matériel humain et les croisements entre matériel vivant humain et matériel vivant animal, et la réponse donnée à ces questions par la Grande-Bretagne qui vient d’autoriser les « croisements » d’embryons mi-humains mi-animaux aux fins d’expérimentation et de production de cellules-souches.

A la question « pour autant que le but soit noble, tout est donc permis ? » il répond ce qui suit :

« Tout est permis quand on fait de la recherche pour améliorer les connaissances et que l’objectif est bon, oui. Reste à déterminer qui est apte à décider que le but visé est bon ou mauvais. C’est pourquoi nous avons besoin des comités d’éthique. Il en faudrait même un au niveau planétaire. Au final, tout se ramène à la phrase d’Einstein, prononcée à l’époque de la création de la bombe atomique à partir de sa formule E = mc2: «Il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas faire.» Autrement dit, être clairvoyant dans ce cas, c’est dire: certains pouvoirs nous ont été donnés mais, parce que nous sommes intelligents, nous y renonçons ».

Albert Jacquard paraît ici avoir définitivement franchi la ligne rouge, ce qui franchement déçoit. On sait ce qui se passe quand on laisse les scientifiques jouer tout seuls dans leur préau. Les mélanges de matériel vivant humain et animal auxquels on modifie les propriétés génétiques en extrayant les noyaux cellulaires pour les remplacer par d’autres est hors du champ de limite de l’acceptable éthiquement, même si les buts recherchés sont soi disant bons. Ils ne peuvent être bons en de telles circonstances, car ils détruisent ou modifient la part sacrée de l’être humain . A ceci il convient d’ajouter le profit et sa recherche qui passent au même plan que la recherche fondamentale elle-même. Il faut être naïf ou un peu usé par les années pour rester idéaliste en ce domaine.

Quant aux fameux comités d’éthique, oui ils sont nécessaires et ne doivent impérativement pas comporter que des scientifiques, même reconnus, car à l’image de certains illuminés, ils vivent dans un monde à part déconnecté de la morale. Il faut donc leur adjoindre autant un conducteur de tram qu’un fromager ou un éleveur de chèvres. Et pourquoi pas même un homme politique qui n’aurait pas encore muté.

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Catégorie: Res politica

Commentaires (14)

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  1. Le dialogue impossible | ouVertures.info, une autre lecture de l'info | 16 septembre 2007
  1. avocette dit :

    très inquiétant; de plus, ce genre de personne très versé dans ces domaines peut influencer et servir de référence à d’autres pas forcément imprégné d’éthique que tout être humain devrait avoir, particulièrement avant de se lancer dans des entreprises aussi hasardeuses…

    espérons que la raison l’emportera !!

  2. Michelle dit :

    Effectivement, qui surveille les surveillants et garants de l’éthique ? Mais laissons les politiques en dehors des « comités d’éthiques », leurs marges de manoeuvre sont bien trop étroites pour garantir leur objectivité, les partis dictant la Voix à suivre

  3. Effectivement, je suis surpris de cette affirmation d’Albert Jaccard. Pour moi, cet homme est une référence, un esprit éclairé et un véritable humaniste. Sa conception de l’embryon est étonnante, je ne pensais pas qu’il tiendrait ce genre de discours froid et scientiste. Etrange.

  4. kalvin dit :

    Je crois avoir lu à peu de chose près tous ses bouquins « grand public », mais là je ne le comprends plus non plus.

  5. Sugus dit :

    Je pose le présupposé du sacré de l’humain qui nous rallie tous (ou presque) Jacquard compris.

    Reste la grande question – LA Question – de la nature et du début de l’humanitude. Si l’embryon est un humain, l’avortement est un crime. Et même la pilule du lendemain. Si l’humain est lié à la conscience, l’embryon mérite respect mais tout peut être discuté et envisagé, rien de tabou ou de sacré. Et encore il faudrait définir la conscience… bon courage !

    Oui il faut des comités d’éthique, les réponses ne sont pas données d’avance. Que choisirons-nous lorsque la greffe d’un coeur de porc pourra sauver la vie d’un humain?

    Je ne défends pas ce projet de croisement que je ne connais pas. Je dis juste que la ligne rouge n’est pas si évidente à tracer.

  6. kalvin dit :

    Sugus, une tentative de début de réponse que j’ai faite ici :

  7. Sugus dit :

    Hello,
    Tu permets que je poursuive ici. Plus tranquille que sur AgoraVox 😉

    Citation:
    « La part sacrée de l’être humain est notamment « tout ce qui dans son patrimoine génétique fait de lui un animal hors du commun, capable en particulier de réfléchir sur sa propre destinée et de l’infléchir ». Définition insuffisante certes, mais qui montre que toute tentative d’atteinte au patrimoine génétique de l’être humain est assimilable à une destruction volontaire d’une partie d’un être que pour l’instant la nature a fabriqué comme unique et inaltérable. »

    « Unique » nous n’en savons rien, « inaltérable » je ne pense pas puisque précisément tu crains par ces expériences pour son altération.

    Ce qui fait notre humanitude : « réfléchir sur notre propre destinée et de l’infléchir » ? Oui. Intéressant. Infléchir notre propre destinée pourrait aussi passer par… améliorer notre patrimoine génétique, non? On tourne un peu en rond.

    Perso je cherche la réponse au « qui suis-je? » à un autre niveau.

  8. kalvin dit :

    Unique.. car le patrimoine génétique lui-même est unique pour chaque individu. Inaltérable, c’est vrai je ne souhaite pas qu’on l’altère, mais la nature ne nous dit rien là-dessus. Améliorer le patrimoine génétique, hips, ça me chatouille quelque part en vieux conservateur soupçonneux des Docteurs Folamour que je suis. Quant à « qui suis-je » et aux autres questions du Sphinx, ça fait plus de 30 ans que je me le demande aussi … (zut un indice sur mon grand âge)

  9. george dit :

    Je ne vois pas à ce qu’il y a de monstrueux à essayer de construire l’homme de demain en utilisant le matériel génétique de l’animal et de l’humain, matériel vivant. L’homo-sapien est fragile et au lieu de lutter contre son destin, ne peut-on envisager de le modifier pour éviter qu’il souffre pour justifier la malédiction du paradis perdu judéo-chrétien ?

  10. kalvin dit :

    Je ne peux pas suivre sur la modification génétique, en revanche je suis (suivre) tout à fait concernant le paradis perdu et singulièrement sur le sens de la souffrance, qui m’échappera sans doute à jamais.

  11. Sugus dit :

    Cela pose la question très profonde de la vie, de l’humanité. Franchement je ne sais que penser de ces recherches.

  12. Jean-Marc dit :

    Voici un point de vue qui va dans le même sens que celui exprimé plus haut :

    Christopher Hitchens, réd.hebdo de gauche « The Nation »:  » SI le foetus est humain, l’avortement doit être interdit. Mais il peut s’agir de quoi d’autre? » (cité par Kent Gordis dans un courrier de lecteur de la Tribune de Genève le 1-9-2001)

    Voici aussi un document intéressant qu’en tant que chrétien convaincu le professeur Albert Jacquard connaît peut-être : « est déjà homme qui le sera » ( http://www.lasalle.org/French/Resources/Publications/PDF/Education/Cahier22.pdf )avec en particulier cette étude « l’embryon humain, énigme et mystère » par Alain Mattheeuws, théologien.

  13. maria dit :

    malheureusement tous les commentaires raison et tort a la fois car au train ou va « evolution » on aura tres certainement besoin d’aider la nature a ne pas détruire notre race qui prend un malin plaisir a l’autodestruction

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