C’est quoi la titrisation

12 août 2007 | par | 8 commentaires Plus loin

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Il semble que le billet commis hier ait laissé un goût un peu amer par son côté plutôt abstrait, la titrisation ou liquéfaction d’actifs par création de titres échangeables n’étant pas une technique souvent développée dans un blog.

Il existe un assez bonne page dans Wikipédia à son sujet, mais elle reste très neutre sur le plan politico économique. C’est un joli travail académique, mais qui respire à fond le manque de pratique.

C’est la raison pour laquelle on vous livre ci-dessous en quelques points une petite recette de titrisation pratique au détriment du pauvre investisseur de base naïf et conseillé par sa chère banque. A noter que cette recette (qui n’est pas unique et qui a de multiples variantes) ne constitue en aucun cas un conseil !!!! à suivre, mais seulement la description de ce que nous concoctent les banques en douce depuis plus de 15 ans, que ce soit en Suisse ou à l’étranger :

 

  1. Prendre un bouquet de mauvais débiteurs bancaires (des actifs donc), des positions que les banques n’aiment pas pour toutes sortes de raisons y compris celle du contrôle exercé sur elles par les autorités de tutelle.

  2. Transférer juridiquement par une vente ce bouquet (les actifs donc) pour un prix plus que raisonnable vers une société anonyme qu’on a créée pour l’occasion et dont on détient (la banque ou un homme de paille) toutes les actions. Cette SA a donc maintenant une dette (un passif donc) envers la banque du même montant.

  3. Les mauvais débiteurs ne se trouvent plus dans le bilan de la banque mais dans celui de la nouvelle SA. La banque est donc déjà contente.

  4. Comme pour l’instant on a procédé qu’à des écritures comptables, il faut faire rentrer des sous sonnants bien réels. Par conséquent, décider que la nouvelle SA en emprunte sur le marché des obligations, en émettant des obligations (papiers-valeurs transférables incorporant une dette).

  5. Dans la peau du banquier subtil, dire tout le bien qu’on pense de ces obligations à ses clients et leur suggérer fortement de se soulager de quelques économies pour les acheter.

  6. Encaisser les sous des obligations souscrites dans la SA par les clients crédules et délestés.

  7. Pour la SA: payer ce qu’elle doit à la banque du fait du transfert de créances douteuses du premier point ci-dessus, et donc éteindre sa dette envers la banque. La banque est définitivement contente.

  8. Pour la SA toujours: être incapable de récupérer ce qui lui est dû par les débiteurs douteux, et donc incapable d’honorer ses propres dettes vis à vis des obligataires.

  9. Pour la SA : regretter, pleurer et devenir insolvable ( en fait elle l’est dès sa création …).

  10. Pour celui qui a acheté l’obligation : pleurer, c’est tout et fini et nini.

  11. Laisser mijoter quelques années et recommencer le processus. A déguster bien cuit de préférence.

    Avec ce système juridico-comptable, on crée à partir de rien ou de trois fois rien quelque chose qui soudain a une pseudo-valeur. Cette pseudo-valeur n’est que psychologique, et repose simplement sur deux points: le produit est rare et surtout le banquier a dit qu’il était bon. Il faut donc se jeter dessus sans contrôler ni pouvoir contrôler l’aspect véritablement économique qui le compose.

    Or dans ce domaine comme ailleurs, on a très rarement vu des chiffons de papier se transmuter en or.

     

 

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Catégorie: Res politica

Commentaires (8)

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  1. Bon, j’ai lu, je crois avoir compris le mécanisme mais alors, que diable font les réviseurs des comptes dits particulièrement qualifiés (si, si, je vous assure, il existe une ordonnance dont le titre m’échappe – normal, je suis en vacances sur une terrasse, ça ramollit mes neurones -) ? Ils devraient, « logiquement », dès la création, tirer la sonnette d’alarme, non ?

    Ce que je constate, c’est que j’ai fait de la titrisation durant des années, à emprunter à ma copine l’argent pour rembourser l’argent que je devais à ma soeur, pour lui dire ensuite à quel point j’étais navrée de ne pouvoir lui rendre son dû mais que « promis, dès que je reçois mes cadeaux de Noël (comprendez « de l’argent »), je la rembourserais : comme je disais ça en mars, forcément, en décembre, elle avait oublié….

    Mince, je suis une perverse ! Ca doit être pour ça qu’elle ne me prête plus d’argent 😉

  2. kalvin dit :

    Les reviseurs particulièrement qualifiés c’est bêtement dans le CO déjà 727 b et c. Au début de l’exercice ils ne font rien. Après le premier exercice, au moment de leur intervention, le mal est souvent déjà fait, s’ils font leur boulot, ce qui n’est pas toujours évident.

  3. avocette dit :

    doit-on comprendre que le reviseur ne fait que ce que le révisé lui demande ?

  4. kalvin dit :

    Ca arrive, oui. Mais j’ai dû mal m’exprimer. Ce que je voulais dire c’est que les reviseurs revisent les comptes annuels, et que pour qu’il y ait « comptes annuels », il faut au moins un exercice d’une année, année pendant laquelle les reviseurs n’ont, sur le principe, pas à intervenir, et pendant laquelle il peut se passer un tas de choses…

  5. antonio dit :

    Merci pour cette explication, tout est clair (à part le nom de la méthode) et fait même un peu peur à lire…

    Comme quoi, laissons faire à ceux qui savent 😉

  6. kalvin dit :

    Nom de la méthode : fabrication de titres, c’est à dire de papiers valeurs comme des actions que l’on peut acheter ou vendre.

  7. Banteichmar dit :

    Lorsque la banque que vous évoquez fait un prêt à un débiteur qui s’averera défaillant,elle crée de la monnaie scripturale de 1000 et et débiteur achète une ma

  8. banteichmar dit :

    Lorsque la banque fait un prêt à un débiteur peu fiable , elle crée 1000 de monnaie scripturale et le débiteur achète sa maison.La banque a alors une dette de 1000 en chambre de compensation vis à vis du banquier du débiteur qui a utilisé le prêt de 1000.La banque a une créance de 1000 elle vend sa créance à une S.A qui contracte donc une dette de même montant vis à vis de la banque. Après titrisation , la S.A a donc à son actif la créance sur le débiteur initial et les recettes des ventes d’obligations (1000+1000) , et une dette à son passif, vis à vis de la banque et vis à vis des obligataires (1000+1000).Comme la S.A éteint sa dette vis à vis de la banque, avec les recettes de ses ventes de titres, son bilan reste équilibré(1000/1000).Elle se déclare en faillite. Revenons à la banque :A son actif : 1000 de caitaux venant des obligataires ..et une dette de 1000 à son passif, en chambre de compensation ? Quel est donc l’avantage de l’opération ? Pouvez-vous le préciser ? Merci.

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