Crise: incurie helvétique

Comme d’habitude la brave Doris et ses collègues du Conseil fédéral attendent. On ne sait pas très bien quoi, sinon des chiffres que l’on connaît déjà, mais qu’ils préfèrent ne pas regarder en face, à l’image de ce qu’ils faisaient en automne 2008 en déclarant que la Suisse, avec son système d´imposition, de crédit et d´épargne ne serait pas touchée, ou presque pas par la crise. Aucune raison d’agir maintenant quand on pourra le cas échéant dormir encore deux mois avant de réfléchir…

Il faut même qu’Adecco, qui n’a rien d’un service fédéral, se livre à une enquête en bonne et due forme pour annoncer aujourd’hui que dans les 12 prochains mois, soit jusqu’en mai 2010 …, 40 % en moyenne des entreprises vont licencier, et 55 % dans le secteur industriel. Pendant ce temps le SECO, ce récipient de fonctionnaires déconnectés dormant sur de petits nuages roses ou/et téléchargeant à fond sur Facebook,  annonce déjà la sortie de crise …

Alors que pour UBS la banque bancale sauvée de justesse de la faillite en automne 2008, le Conseil fédéral est allé jusqu’à tordre impunément le droit suisse en appliquant des mesures urgentes à une cause soi-disant nationale, s’agissant de la crise et des mesures de politique conjoncturelles, il « agit » comme d’habitude, à savoir comme si rien d’étrange ne se passait.

Or non seulement le chômage augmente, mais les prix baissent lentement, le crédit se resserre et la spirale de la déflation est en marche. Le PIB suisse va se resserrer en 2009 et en 2010, de plusieurs points. Et ceci pour une raison simple : les services financiers en ont pris un coup avec la super pub de l’UBS et avec la crise elle-même, et le reste de l’économie suisse, résolument exportatrice, prend de plein fouet le coup de frein historique de la consommation mondiale.

Mais pendant ce temps, on préfère débattre à Berne du sexe des jours-amende, introduits il y a peu et considérés comme un progrès notoire par la très grande majorité de ceux qui les critiquent aujourd’hui, de l’âge de l’AVS pour les femmes dans une misérable comédie de révision de la législation en matière d’AVS, ou encore de la non critique législative du monopole des opérateurs de téléphonie et de leurs tarifs prohibitifs.

Autant de sujets qui méritent sans doute un jour ou l’autre qu’on en débatte, mais qui n’ont actuellement qu’une priorité totalement secondaire.

Laurent Carroué, professeur de géographie au département de Géographie de Paris-VIII, à l’Institut français de géopolitique et à l’Institut d’études européenne a fait un petit calcul que l’on peut trouver sur le net ici la crise mondiale actuelle a généré, selon lui, à ce jour un coût  55 800 000 000 000 de dollars (55 mille huit cents milliards … oui). Ou en gros une année complète de richesse mondiale !!!

Et pourtant ce n’est pas un marxiste de la dernière heure, un utopiste ni un guignol de l’info.

Et dans la conclusion de son explication assez longue sur les sources de ce calcul, Laurant Carroué ajoute : « Dans tous les cas, on assiste au plan intellectuel à deux phénomènes essentiels concernant la mondialisation. Le premier réside dans la disqualification d’une approche purement économisciste de celle-ci, la mise en modèle du monde et de ses économies débouchant sur une totale cécité face à un phénomène d’une ampleur historique séculaire largement inédite. Le second se traduit par l’effondrement des conceptions éthérées, dépolitisées et déterritorialisées de la mondialisation qui avaient été très largement diffusées ces dernières décennies. Ces perspectives ouvrent à la géographie et à la géopolitique de nouveaux champs d’investigation dans le cadre d’une démarche pluridisciplinaire visant à comprendre et à peser sur la marche du monde. »

C’est à résoudre ceci que gouvernement et parlementaires suisses devraient s’atteler, plutôt qu’a continuer de satisfaire leur ego dans des circonlocutions de couloirs aux accents purement masturbatoires et aux effets nuls.

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Catégorie: Res politica

Commentaires (1)

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  1. garfield dit :

    Je pense et je dis que l’ami Kalvin a bien résumé l' »ambiance », l’incurie dans laquelle nous vivons. Mais, c’est au citoyen suisse de se frapper la poitrine, c’est lui le médiocre, l’irresponsable. Les médias aussi à la solde des banquiers et de nos « ministres », de la police répressive (en Valais aussi), d’une dérive générale. Y en marre, marabout…

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