Le taux d’intérêt sélectif

20 janvier 2009 | par | Pas de commentaire Plus loin

Appliquant à la lettre les principes théoriques, les banques centrales font descendre tour à tour leurs taux d’intérêt. Dans certains pays on est proche de zéro pour cent, comme ce fut le cas au Japon pendant presque 10 ans à la fin du siècle passé.

Proche de zéro pour cent veut dire en principe que l’accès des établissements bancaires aux liquidités est presque gratuit, et qu’en conséquence elles devraient être en mesure d’arroser l’économie de ces mêmes liquidités à des prix défiant toute concurrence, quel que soit le type de crédit sollicité par l’emprunteur.

Voici pour la théorie, car de fait aux USA comme dans les pays de la vieille Europe, l’accès au crédit commercial n’a jamais été aussi bouché actuellement que depuis des lustres : la faute à deux attitudes bancaires. La première qui consiste à utiliser les liquidités de la banque centrale pour équilibrer leurs propres bilans désastreux et donc pour le profit exclusif de leurs actionnaires. La seconde qui réside dans l’effet balancier du banquier qui vient de perdre beaucoup de millions ou de milliards par bêtise et qui donc veut se « rattraper » en refusant d’assumer tout risque de crédit supplémentaire, sauf lorsque l’emprunteur lui fournit des gages d’une telle qualité que le risque n’existe plus.

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Et c’est ainsi que la politique monétaire menée depuis quelques mois va conduire les économies occidentales dans une crise encore plus grave que celle que les banquiers commerciaux lui ont concoctée: une crise résultant non pas de l’incapacité à produire ou à acheter biens et services, mais une crise résultant d’une diminution drastique des moyens de paiement à disposition du public notamment. On ne relance pas la consommation en mettant les liquidités de la banque centrale dans des coffres-forts.

C’est la raison pour laquelle, constatant que le banquier standard n’obéit qu’au bruit du bâton sur sa tête vide, il est temps de réintroduire l’intérêt sélectif au chapitre des mesures conjoncturelles.

Comment décrire cette « bête bizarre » ? de façon relativement simple en fait : les banques centrales posent deux conditions supplémentares à l’octroi de liquidités aux banques commerciales :

1.- les montants de liquidités dégagés en faveur des banques ne le sont que contre nantissement d’un montant supérieur à la somme prêtée de 20 à 50 % d’actifs de premier ordre, obligeant ainsi les banques commerciales à nettoyer encore plus leurs désastreux bilans;
2.- le 80 % des liquidités ainsi prêtées doivent être immédiatement réinvesties dans le circuit commercial ou privé, preuves à l’appui.

Toute somme provenant d’une banque centrale et qui resterait dans les coffres de la banque commerciale pour de mauvaises raisons ferait l’objet d’un paiement supplémentaire à charge de la banque d’un taux d’intérêt « sélectif » aussi longtemps que cette somme n’est pas investie conformément à la règle ci-dessus. Ce coût sélectif du crédit ne saurait être reporté financièrement sur les emprunteurs, mais devrait grâce à une comptabilité analytique fonctionnelle moderne n’être supporté que par les actionnaires de la banque.

Les avantages d’une telle mesure seraient des différentes natures. Premièrement elle condamnerait à très brève échéance les canards boîteux qui pullulent encore, pour le plus grand bien de la morale. Deuxièmement elle entraînerait rapidement une réapparition du crédit à disposition des acteurs économiques de toutes grandeurs et natures.

Si les paramètres ci-dessus ne peuvent pas être atteints par certaines banques commerciales, alors et pour pallier cet inconvénient, les banques centrales devraient mettre sur pied à très brève échéance un organisme étatisé de prêts commerciaux destiné à suppléer aux défaillances des banques dans ce domaine.

Et simultanément en Suisse retirer la licence bancaire à tout établissement pratiquant le crédit qui ne satisferait pas aux exigences. Le moment peut-être aussi d’interdire la pratique de la banque globale, de celle qui partant de dépôts de clients finit par ne plus faire autre chose que de jouer au casino avec les conséquences dramatiques que l’on connaît.

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Catégorie: Economie

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