Monnaie plastique: subprime du working poor

C’est fou ce que les gouvernements se préoccupent de la protection des détenteurs d’actions. Comme si chaque ménage helvète possédait des portefeuilles bien garnis de ce type d’investissements.

Or rien n’est moins vrai, seule une très petite minorité d’habitants de ce pays possède un dossier-titres, et encore moins comprenant un panachage d’actions.

Il en va un peu de même de la protection des dépôts d’épargne : en moyenne le Suisse épargne, dit-on, mais quel Suisse ? La moyenne est faussée par les dépôts gigantesques d’une certaine classe qui n’est franchement pas nombreuse, mais très riche.

Lorsqu’on veut bien ouvrir les yeux normalement, on s’aperçoit que la très grande majorité des ménages, avant le début de la crise, ne possédaient pas ou quasi pas de réserves. La faute à une diminution progressive des salaires réels et du pouvoir d’achat, la faute aussi à la monnaie plastique. Or dans le concert international des « glossateurs experts », personne ne parle de la monnaie plastique.

Tous les grands groupes ont pourtant émis leur propre monnaie plastique, autant d’instruments qui augmentent considérablement la masse monétaire en circulation. Scripturale certes, cette monnaie, mais masse monétaire quand même. Si aux USA on ne vivait depuis longtemps que sur sa carte de crédit, y compris pour partir en vacances et acheter ses légumes ou sa voiture, le phénomène en Suisse est moins répandu, bien qu’en très nette croissance ces dernières années.

La carte de débit n’est pas dangereuse. Elle semble même jouer un rôle non négligeable dans la fluidification des échanges entre particuliers en période de pénurie de liquidités. Au moins aussi longtemps que les banques ne ferment pas, la porte ou/et l’ordinateur central.

La carte de crédit en revanche, qu’elle s’appelle comme ça ou soit qu’elle soit simplement à l’emblème d’un grand magasin ou d’une chaîne de pompes à essence, représente un double danger : celui de faire augmenter rapidement les dettes ménagères, et celui de constituer des actifs bancaires qui risquent fort de devenir plus que douteux rapidement.

En cas de purge supplémentaire et de récession grave, ces actifs (qui sont d’ailleurs aussi titrisés, merci saint Ospel & Co) vont rapidement constituer des bombes à retardement. A amortir au plus vite mais non sans au passage « amortir » aussi le détenteur de la carte. Et là aussi on peut imaginer une sorte d’effet domino, car celui qui est poursuivi pour non paiement et dépossédé de sa carte fétiche s’en trouvera diminué dans sa capacité de participer au marché économique, à la sacro-sainte consommation. Et en le poursuivant, la banque pourra d’emblée faire une croix sur son actif, ce qui n’arrangera pas vraiment ses déposants ou ses obligataires. Cercle très loin de la vertu.

La monnaie plastique et le crédit à la consommation risquent donc bien, sous peu, de devenir le subprime du woorking poor, le pauvre étant de son côté déjà exclu depuis longtemps de ces formes d’endettement.

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Catégorie: Economie

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