Pourquoi les librairies disparaissent

librairie.jpg On a coutume d’entendre que ces petits commerçants que sont les libraires ne sont que d’illustres rêveurs et de mauvais gestionnaires et surtout qu’ils ne veulent présenter aucun aspect commerçant ou mercantile et n’ont aucune compétence commerciale. Cette soi disant compétence est laissée aux seules grandes chaînes de supermarchés culturels du type de la FNAC, par exemple. D’où l’on tire souvent (et à tort) la principale raison de la disparition des petites librairies. Depuis des années les libraires se battent en Suisse romande pour tenter d’imposer un prix unique, dans la fausse bonne idée que cela les mettra sur un pied d’égalité avec les grandes chaînes de distribution. Outre que ce genre de pratique hérisse le législateur suisse qui a horreur des prix imposés et de la concurrence officiellement faussée, il faut reconnaître que ce vertueux combat est inutile et perdu d’avance. La raison en est toute simple. Si le prix du livre venait à être imposé en Suisse, ceci changerait un peu le prix de vente public certes, mais pas du tout le prix d’achat pour le libraire. Or toute la question est là. Un libraire en Suisse romande est déjà pénalisé par rapport au marché français d’environ 20 à 25 pourcents, et ceci uniquement car il a l’obligation de se fournir après d’un diffuseur suisse, par exemple l’Office du Livre à Fribourg, Servidis près de Genève ou encore Diffulivre près de Lausanne. Or ce diffuseur doit bien "manger" au passage et faire manger ses employés. Et pour ce faire il prélève sa dîme qui effectivement représente environ une augmentation de 25 % environ par rapport aux prix français imposés depuis la fameuse loi Lang. Mais ce n’est pas tout : ce fameux diffuseur n’est pas neutre économiquement, puisqu’il appartient lui-même aux grands groupes français du livre, aux éditeurs comme Laffont, Garnier, Plon ou Grasset, par exemple, eux-mêmes en mains capitalistiques dures. Le passage par ce distributeur est obligé, ce qui empêche la vraie concurrence, et permet la mise à mort du petit libraire voulue par les éditeurs eux-mêmes, dans une sorte de vision un peu schizophrénique de l’acte d’édition. Mais en plus, ce que le public ignore généralement, c’est que le petit libraire achète avec un rabais (sa marge brute pour couvrir tous ses frais) de l’ordre de 30-35 % s’il a bonne presse auprès de son diffuseur, avec un rabais nettement moins élevé s’il débute, le maheureux. Avec quel rabais croyez-vous que des grandes chaînes achètent dans le même temps le même livre auprès du même diffuseur ? au minimum 50 à 55 %, voire 60 %, avec en plus des facilités de paiement imposées par la chaîne acheteuse elle-même, du genre paiement à 120 jours alors que le petit libaire devra lui payer rubis sur l’ongle à 30 jours faute de quoi on lui coupera les livraisons. Ne nous étonnons donc plus de ces disparitions navrantes. Elles sont programmées par les actionnaires des grands éditeurs eux-mêmes. Quel gâchis. © crédit photographique Azurs.net

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Catégorie: Economie

Commentaires (2)

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  1. Michelle dit :

    Ah le prix du livre en Suisse! A chaque salon du livre de Genève, une rogne me prend quand je vois tous ces éditeurs venus de France, tous ces livres dont le prix en € est généralement masqué par une étiquette, pour que les petits Suisses ne puissent pas voir la différence de prix!

    Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour faire disparaître ces diffuseurs, dont j’ai du mal à comprendre l’utilité. Du coup, nous achetons sur le Web, ou en France et ce sont les petits libraires spécialisés qui en font les frais.

    Le libraire ne pourrait-il pas se passer purement et simplement du diffuseur ?

  2. kalvin dit :

    Certains « trublions » ont tenté de le faire avec comme résultat qu’ils ne pouvaient plus acheter en Suisse (boycott des diffuseurs), qu’ils avaient toutes les peines du monde à acheter en France directement car les diffuseurs français s’engagent contractuellement à ne pas vendre hors des frontières, et finalement se retrouvaient sans marchandise, ou alors pas avec la bonne (avec en plus l’obligation de passer la frontière avec de la marchandise…). Ca n’a finalement marché que pour certains livres scientifiques ou universitaires, notamment grâce à la peine de certains comme Pacific à Genève (Uni-Mail notamment), mais au grand dam de ses concurrents de la place et d’ailleurs.

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