Régulation nécessaire

13 août 2007 | par | 2 commentaires Plus loin

etat.GIFUne lectrice a posé une excellente question à la suite d’un billet d’humeur sur la mondialisation et la crise actuelle des « subprimes » et des liquidités publié dans ce blog il y a quelques jours. Voici une esquisse de réponse.

Depuis une cinquantaine d’années, voire un peu plus si l’on fait partir cet épisode de la fin de la deuxième guerre mondiale, l’économique a pris peu à peu mais de façon rigoureusement définitive le pouvoir sur le politique. Les marchés financiers sont devenus le souk des maîtres du monde, les pays n’ayant en fait plus rien à dire, si ce n’est à utiliser ces marchés pour survivre eux-mêmes comme entités soi disant indépendantes.

La période a vu l’abandon définitif des accords de Bretton Woods et de l’appui des monnaies et de leur valeur sur le fameux étalon-or. On a vu des crises pétrolières, monétaires, la création de la monnaie unique européenne, entre autres.

Pour aborder la question, il faut d’abord distinguer l’économique du financier.

L’économique est ce qui repose sur les lois de l’offre et de la demande en biens et services réels et réellement produits. La rareté fait le prix, mais le prix de quelque chose qui existe.

Le financier par définition est virtuel. Il est une vue de l’esprit construite pour avoir une soi disant valeur intrinsèque, mais tel s’avère ne pas être le cas. Un exemple typique du « financier » est le concept de l’option ou l’indice. On peut acheter ou vendre le droit d’acheter ou de vendre (pure spéculation). Mais le droit d’acheter ou de vendre ne veut pas encore dire qu’il y a quelque chose de concret à acheter ou à vendre. Un autre exemple du financier est la spéculation sur les taux d’intérêts. On peut acheter ou vendre des instruments qui ne sont qu’un pari sur la hausse ou la baisse à une date donnée des taux d’intérêts sur telle ou telle monnaie, ou dans tel ou tel pays. Là encore rien de concret. Le financier ne crée aucune richesse véritable, alors que l’économique le fait. Le financier n’est rien d’autre qu’un tripot de luxe dans lequel on joue 24 heures sur 24 avec toutes les bénédictions étatiques.

Des fortunes immenses se sont construites peu à peu en mélangeant financier et économique. Mais n’oublions pas un principe constant: lorsque quelqu’un fait fortune de cette manière et s’enrichit, il y a forcément à l’autre bout de la chaîne de nombreuses personnes qui ont perdu. Comme en chimie, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » disait Lavoisier paraphrasant Anaxagore de Clazomènes.

Ainsi l’on peut dire qu’il existe deux économies parallèles et imbriquées, dont l’une (la financière) ne fait que gonfler les valeurs de l’autre sans pour autant qu’un seul bien ou service nouveau véritable soit créé. Or la seule mesure de la santé économique et la création de vraie richesse mesurable en biens ou services tangibles.

Il faudrait donc une régulation quasi naturelle de tout le pan financier des marchés mondiaux. Comment: par une régulation étatique stricte et immédiate, par l’interdiction de toutes les transactions virtuelles ou non économiques. Les conséquences: la chute majeure de beaucoup d’acteurs financiers avec des pertes considérables chez les spéculateurs et des faillites majeures en chaîne. S’agissant de l’homme de la rue, s’il a pris la peine de convertir auparavant ses propres économies en monnaie ou en or, il ne risquera pas grand chose sinon une période de chômage s’il travaille dans une banque. Pour la société en général, il redeviendra possible de comprendre, de compter réellement ce qui est rare (pétrole, ressources naturelles) et de lutter efficacement contre leur gaspillage. Pour les Etats enfin, on verra enfin à nouveau des gouvernements capables de tenir tête à des financiers, ou plutôt de leur imposer des règles du jeu économique, c’est à dire l’inverse de ce qui se passe actuellement où l’on ne cesse d’entendre que c’est la faute à la mondialisation non contestable et qui relève presque de la destinée théologique fataliste. Les USA qui sont endettés jusqu’au cou, dettes en mains chinoises pour une bonne partie, seraient obligés de composer sur le plan international, et la place politique des petits pays pas très riches serait revalorisée.

Ce qui précède relève presque de la fable ou du rêve, car cela nécessiterait une action concertée commune et concommittante de la plupart des grands pays. Mais ce serait sans doute une victoire de l’humain sur le profit désincarné immoral et la chasse qui lui est faite de façon permanente. Et enfin on saisirait que le concept de la croissance à tout prix sur lequel repose le dogme libéral n’est qu’un leurre dans un monde fini tant en dimensions qu’en ressources naturelles.

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Catégorie: Economie

Commentaires (2)

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  1. Sugus dit :

    Au 20e siècle plusieurs générations furent traumatisées par le crash de 1929. À tel point que même le petit ouvrier, le non spéculateur, craignaient. Sommes dans un autre monde (quoi que…?). Cela pourrait-il se reproduire? http://fr.wikipedia.org/wiki/Krach_de_1929

  2. kalvin dit :

    Nous ne sommes plus dans le même monde : les causes de la crise de 1929 reposaient pour l’essentiel sur l’économique fondamentalement troublé lui-même (certes déjà aidé par la spéculation) et non le financier virtuel gonflant la bulle spéculative. Non, à mon sens 1929 n’est pas reproductible comme tel.

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