UBS: le résultat 2008 mijote

9 février 2009 | par | Pas de commentaire Plus loin

C’est demain matin vers 7 heures que les systèmes de communication de l’UBS vont confirmer au monde entier ce que les bruits de couloir et autres indiscrétions laissent sous-entendre depuis déjà quelques semaines : la banque va afficher la perte la plus colossale de l’histoire des banques au monde et bien entendu des sociétés en Suisse. Et finalement peu importe si les milliards se chiffrent par 17 ou 22, la somme sera gigantesque et hors de proportion avec tout ce que l’on a pu voir depuis des décennies. Ça ne manque pas de sel,  au pays des banquiers …

Avant de décrypter la composition technique du chiffre qui sera annoncé, il est peut-être utile de poser quelques petites questions. A l’heure actuelle en effet, le résultat comptable d’une banque est connu de sa direction en temps réel, voire même plus vite puisque généralement les prévisions de résultat effectuées bien avant la date de clôture se rapprochent de très près de la réalité, à condition évidemment qu’elles aient été faites par des pros ce qui est manifestement le cas ici.

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Pourquoi donc attendre 6 semaines après la clôture pour les annoncer ?  les bonnes nouvelles viennent souvent plus vite que les mauvaises de la part des responsables du secteur bancaire.

Il ne faut pas oublier que nuit et jour depuis le 1er janvier 2009, on peut assister à l’intérieur du grand machin bancaire bancal et couteux à une bataille rangée entre les gestionnaires, les auditeurs internes, les auditeurs externes et les quelques flâneurs-touristes de la BNS ou de la FINMA qui jettent un coup d’œil à ce désastre entre deux apéros et trois siestes.

Et cette bataille rangée se joue sur plusieurs lignes: la première est celle dont on parlait ici-même il y a quelques semaines, ce que techniquement le CO appelle le surendettement.

La valeur boursière totale de l’UBS ce lundi 9 février 2009 est de l’ordre de 37 milliards de francs. Cette valeur boursière n’a pas été fixée par les marchés pour le plaisir. Elle correspond à peu de choses près aux fonds propres totaux de la banque, avant comptabilisation effective de la perte 2008.

Il faut donc éviter à tout prix que la moitié de ces fonds propres ne soient plus couverts, sur le papier du moins.

Mais alors pourquoi les marchés n’anticipent-ils pas la hauteur du trou 2008 ? du trou qui place UBS tellement proche des dispositions de l’article 725 CO ? la réponse à cette question tient justement dans le délai entre le 31 décembre 2008 et le 10 février 2009. Dans les six semaines nécessaires pour

– polisher le bilan afin qu’il soit « moins pire que prévu »;
– rendre sa lecture aussi imperméable que possible, en application stricte du principe de clarté et de sincérité …
– permettre aux protagonistes de préparer les ripostes utiles de communication;
– permettre aussi la perméabilité et les transferts nécessaires entre bilans de l’UBS et de la BNS sur certains postes peu liquides (pas ceux des crédits pourris …) dont on a vu les prémisses fin 2008
– permettre enfin la mise en place d’une deuxième tranche, voire d’une troisième tranche de transfert d’actifs toxiques de l’UBS soulagée à la Bad Bank confédérale bienveillante.

Tout ceci prend du temps, notamment pour préparer a postériori la documentation nécessaire à justifier ces transferts et ces ajustements, qui sont des écritures de bouclement ne résultant pas directement d’opérations commerciales ayant effectivement eu lieu en 2008. On fait simplement comme si tel était le cas.

Mai quel que soit donc le résultat qui sera annoncé demain, on peut au moins être sûr de deux choses: il sera faux ou du moins des plus discutables et son poids pèsera pendant des dizaines d’années sur les épaules du contribuable helvétique, quelle que soi la sauce à laquelle on l’accommode.

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Catégorie: Economie

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