Economiesuisse : la myopie orchestrée

laporte_fisc_201007.jpgVoici que les très blochéro-couchepino-merziens « penseurs » d’économiesuisse se lancent dans la désinformation la plus totale en prétendant dans une lettre ouverte au ministre allemand des finances signée de l’opiniâtre mais dramatique Gerold Bührer que la Suisse n’est pas un paradis fiscal, mais un territoire fiscalement attrayant.

Outre qu’il faut être assez jésuite pour voir la différence entre un paradis fiscal et un territoire fiscalement attrayant, cette affirmation est une contre-vérité. La Suisse n’est pas seulement une oasis fiscale, c’est un repaire pour fraudeurs de tous poils et de tous acabits en matière fiscale. Et cette même Suisse en tire des sommes coquettes en terme d’impôt à la source, d’impôts directs induits et d’honoraires bancaires et fiduciaires depuis des lustres. Et donc des emplois, et donc de la croissance, et donc des revenus qui se transforment depuis des décennies en rente. Le pétrole de la Suisse c’est la fraude fiscale. On voit d’ici les jésuites de service vouloir comme d’habitude faire la preuve qu’évasion fiscale n’est pas synonyme de fraude fiscale. Il faut être suisse et conseiller fiscal pour faire la différence, en ayant pris soin de s’armer préalablement de la plus aiguë des mauvaises fois.

Chercher à contourner la loi ne serait pas la violer. Chercher les trous béants dans la loi ne serait qu’un sport. Chercher comment faire en sorte que l’inspecteur fiscal ne porte pas trop d’intérêt à telle ou telle pièce serait un art ou une recette de cuisine. Etc… non il faut revenir sur terre et cesser de geindre.

La Suisse a trop longtemps profité de ce sport qui fait sourire ceux qui le pratiquent et qui fait mousser les autorités étrangères et les petits contribuables suisses salariés. Si notre pays veut se mettre au diapason éthique des grandes nations occidentales, il n’y a qu’une chose à faire: cesser de faire la différence entre fraude et évasion fiscale, modifier les textes en conséquence et poursuivre les fraudeurs.

Quand on aura mis ce genre de mesures en place, alors viendra le moment de discuter de véritable compétitivité fiscale internationale. Et là on ne pourra pas objecter à la Suisse qu’elle n’est qu’une zone de non-droit en matière d’application internationale des règles de droit fiscal avec la bénédiction politique de la Confédération et des cantons, trop heureux qu’ils sont d’encaisser et de pouvoir décaisser n’importe comment.

Edit de 18 heures: pour les grincheux et les judas, on rappellera juste que pour les vrais spécialistes la fraude a quotidiennement sa place en Suisse et ceci quasi institutionnellement avec la bénédiction des autorités, malgré toutes les dénégations d’economiesuisse et autres « spécialistes » qui n’y connaissent pas grand chose ou plus exactement qui désinforment par intérêt. On donnera des exemples précis sans les noms des intéressés dans des billets informatifs à venir prochainement. Pour l’instant on se contentera de rappeler que le fisc suisse s’attache à la forme et pas au fond des transactions, alors que depuis au moins 30 ans, l’IRS (Internal Revenue Service) américain, parfois excessif il est vrai, a compris lui que l’un des piliers de la fiscalité efficace était l’application stricte du principe « substance over form« , ou en clair la prévalence du contenu et de la réalité économique d’une transaction face à sa simple forme, dont les fiscs suisses se contentent bien trop souvent.

Tags: , , , , , , , , ,

Catégorie: Res politica

Commentaires (2)

Trackback URL | Comments RSS Feed

  1. Elena dit :

    Ton article est vraiment intéressant, kalvin, et il ne fait que confirmer ce que je pensais déjà. D’autre part, il me rappelle la polémique récente concernant des fond datant de la deuxième guerre mondiale qui appartenaient au juifs et qui sont resté pendant des décennies dans les banques suisses, dans le plus grand silence, si je me rappelle bien.

    En bref, je pense que ce qui ce passe dans les banques mais aussi au niveau politique n’est pas pour élever la dignité de ce pays…

  2. kalvin dit :

    @ Elena : je crois que là-aussi, comme pour les fonds juifs, certains veulent se mettre un grand bandeau sur les yeux et passer pour des petits saints.

Laisser un commentaire