Electricité verte : électriciens les pieds sur le frein

électricité verte

La Suisse est le pays des paradoxes: près de Lausanne sur le parc EPFL on trouve sans doute les cellules photovoltaïques en prototype les plus performantes du monde. On sait que quelques panneaux performants posés sur le toit d’une maison individuelle permettent une autonomie énergétique en électricité pour une famille standard et avec la technologie actuelle. Les coûts d’installation sont évidemment plus élevés que ceux d’un simple branchement au réseau électrique, mais le bilan énergétique et économique est positif après peu d’années.

En Allemagne, comme Ron Hochuli le rappelle dans le Temps de ce jour, l’industrie solaire génère un chiffre d’affaires de 9 milliards de francs pour 42’000 emplois dans la branche, au même niveau que les biotechnologies.

En Suisse comme d’habitude, les pouvoirs économiques des électriciens nucléaires et hydrauliques asservissent le "bon peuple" et surtout le bon parlementaire de base qui se refuse à entrer en matière de façon sérieuse sur la problématique des énergies renouvelables, et singulièrement de l’électricité. Il faut à tout prix rentabiliser 10 fois le prix du "dernier kilomètre d’uranium et de conduites forcées" déjà payés plusieurs fois par le contribuable.

Du fric, du fric, profiter de l’augmentation des prix de l’énergie fossile pour asseoir encore mieux un monopole avec la libéralisation du marché de l’électricité dans laquelle le consommateur contribuable est grugé, car il paye une fois sa facture, une fois par décennie le même pylone, une fois par trente ans le même barrage, et une fois par cinquante ans la même centrale nucléaire. Pourquoi ? grâce à un système de comptabilisation publique particulièrement opaque et dans lequel même un ministre des finances ne retrouverait pas ses petits (un vrai ministre des finances donc, par notre cher Merz qui ne trouve même pas les oeufs de Pâques qui sont sous son nez).

UDC et PDC sont unis d’une même voix: le solaire ne sert à rien, c’est trop cher … et surtout ça ne ramène pas un sou dans les caisses des partis et le porte-monnaie des élus.

Même le Conseil fédéral tombe sous le charme à radiations des électriciens. Il encourage les éoliennes, fixe un prix de rachat de l’électricité produite aux communes qui en installeront,  d’un seul coup se rend compte que ce prix est trop cher et … baisse les tarifs sans aucun avertissement. Une planification de construction d’une éolienne dans ce genre de conditions incertaines de concurrence monopolistique est un casse-tête, voulu par les électriciens et relayé par le gouvernement lui-même, protecteur en diable des lobbies.

Quand donc dans ce pays prendra-t-on conscience que l’Allemagne est plus au Nord que la Suisse et pourtant met le paquet en matière de photovoltaïque. Quand donc dans ce pays les lobbies de profiteurs comme les électriciens cesseront-ils d’avoir une telle influence sur nos politiques. Heureusement que des personnalités comme Yves Christen et Jacques Bourgeois tirent la sonnette d’alarme, notamment au travers de Swissolar.

Un souhait : que leurs appels soient entendus et que les autorités se mettent au vert électrique à fond. Il y a non seulement des économies à faire mais une véritable économie profitable à mettre en place. Certains investisseurs nouveaux ne s’y trompent pas d’ailleurs, puisqu’ils démarchent directement les communes pour tenter de planter une éolienne sur leur territoire, pour pas cher … évidemment et pour leur propre profit.

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Catégorie: Res politica

Commentaires (5)

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  1. Dr. Goulu dit :

    Et pourquoi donc ne considérez-vous pas l’hydro-électricité comme une énergie renouvelable ??? Il n’y a qu’en Suisse qu’on trouve des gens qui « oublient » que nous produisons 60% de l’électricité avec de l’eau, ce qui est aussi propre que le soleil ou le vent. L’Allemagne que vous enviez tant reconnait dans ce rapport que l’eau apporte 96% des 18% d’énergie renouvelable de la planète !

    Si nous avons la chance très enviée de nos voisins d’avoir de l’eau coulant en abondance de nos sommets, en vertu de quoi faudrait-il la taxer ou obliger les exploitants des barrages à acheter à prix coutant le courant produit par des autres sources d’énergie propres aux périodes creuses ?

    La petite villa minergie autosuffisante avec 3 panneaux solaires et 1 éolienne, c’est très mignon, allez y, mais on cherche des Gigawatts à un prix acceptable. Et s’ils mettent « les pieds sur le frein » du solaire, c’est peut-être parce que les électriciens savent comment faire, avec de l’eau.

  2. kalvin dit :

    OK,
    Dr.Goulu, quelques petits points: je n’admire pas l’Allemagne particulièrement, je constate simplement que dans ce pays les énergies renouvelables sont prises au sérieux et rapportent beaucoup de sous et beaucoup d’économies.

    L’eau de pluie de son côté est renouvelable, mais dans le bilan énergétique global on doit admettre que la construction des barrages, leur entretien et leur rénovation n’est pas neutre. Pour moi l’hydro-électricité a un certain caractère d’énergie renouvelable pour autant que sa production soit elle-même globalement bénéficiaire en terme de bilan.

    Sur les exploitants des barrages, je me suis sans doute mal exprimé. Je ne veux pas les taxer spécialement : en revanche je souhaiterais que les cartels électriques style EOS cessent de taxer le consommateur avec des systèmes de prélèvements en cascade dont ils sont les seuls à comprendre le calcul, et qui se répercutent sur chaque consommateur et chaque opérateur du réseau. Nous avons payé les barrages avec nos impôts. Ils sont amortis. Idem pour les actuelles centrales nucléaires. Le système actuel et celui à venir sont des systèmes de rente identiques aux rentes indécentes que se font les chers cheiks avec le pétrole dont certains (pas eux) ont découvert l’existence et leur versent une redevance sur l’exploitation des puits.

    Je crois et même je sais que les électriciens savent comment y faire avec l’eau et avec le profit qu’ils en retirent. Il y a un marché à terme de l’électricité à Leipzig en Allemagne, et les coûts de production n’ont plus rien à voir avec le prix du marché qui y est fixé heure par heure sur EEX. Ce qui pousse l’électricien suisse dont les installations ont été payées par les contribuables à spéculer pour vendre cher son électricité excédentaire à l’étranger et ne pas acheter trop cher de l’électricité étrangère… pour la revendre cher à leurs clients locaux suisses qui n’ont aucune autre solution que de mettre la prise.

    Je ne suis pas particulièrement béat devant Minergie, concept que personne ne comprend vraiment dans ceux qui sont chargés de l’expliquer et surtout de le faire appliquer, simplement on constate que pour un investissement convenable une petite villa en effet est autosuffisante en terme d’électricité en Suisse (je ne parle pas de la chaleur qui est encore un autre problème)

    PS: depuis 1933, année de sa parution, le Monopoly a bien compris que les usines hydro-électriques sont des mines d’or …

  3. allemagne dit :

    Je suis assez d’accord avec la vision de kalvin. Certes l’Allemagne est un des pays européens qui montre le plus de rigueur au sujet de l’énergie, mais en même temps il faut avouer que la Suisse n’est pas un si mauvais élève en terme d’énergie renouvelables.

  4. Dr. Goulu dit :

    Les barrages suisses n’ont pas été payés par les contribuables ! Ils ont été construits par des sociétés privées dans lesquelles des collectivités publiques sont actionnaires. Ca serait la même chose si l’hydroélectricité était déficitaire, mais puisque les barrages sont amortis etc, on doit reconnaitre que les barrages sont un investissement rentable des collectivités publiques qui leur rapportent aujourd’hui beaucoup d’argent.

    La part des SIG (puisque j’habite Genève) dans EOS (puisque je suis né en Valais) rapporte aujourd’hui de quoi subventionner des panneaux solaires et des éoliennes qui eux sont dé-fi-ci-taires : le jus que ces installations produisent est largement au dessus du prix de vente.

    La seule question que je pose est de savoir pourquoi des bénéfices d’une énergie propre sont investis dans d’autres énergies propres, mais déficitaires ???

    A propos de l’énergie grise, je n’ai pas retrouvé de chiffres mais je suis prêt à parier que le cout par MW installé est largement en faveur de l’hydro pour une raison fondamentale : la concentration de l’énergie. En éolien ou en solaire, on peut plus ou moins compter (ordre de grandeur) sur une production annuelle de 1000Wh / m2. Pour l’eau, c’est autour de 100W / m2 de bassin versant d’un barrage. Mais là il n’y a pas besoin de couvrir la surface : le terrain fait naturellement entonnoir (ou on l’aide un peu par quelques tuyaux). Et en fait on ne fait de grands barrages que pour stocker, lisser et moduler la production, l’effet d’entonnoir fonctionne même si le barrage est petit. Il en résulte que l’hydro est moins cher que le solaire et l’éolien car l’énergie reçue sur des km2 est naturellement concentrée dans moins d’1m2 de section de captage. Le pétrole et l’uranium sont encore moins cher parce que l’énergie est encore plus concentrée. D’ailleurs le récent engouement pour les biocarburants est en partie relié à ce raisonnement : un champ concentre l’énergie solaire reçue en 1 an dans quelques m3 de plantes, et c’est moins cher (ça le sera longtemps) que de couvrir le champ de cellules.

  5. kalvin dit :

    @ Dr. Goulu
    Merci pour le développement, je le trouve très intéressant. Juste un point néanmoins, les sociétés constructrices de barrage ont comme il est rappelé les communes ou les cantons ou tous genres de collectivités publiques comme actionnaires quasi uniques. Et donc, ces collectivités tirent leurs fonds à la base des impôts perçus à une époque ou à une autre auprès du contribuable-consommateur.

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