Eprouvettes, dollars et ovocytes

grossesseLe Sénat français est en train de concocter un texte législatif règlementant le régime juridique des mères porteuses. En dehors d’un certain nombre d’articles de presse concernant ce sujet, on a pu notamment voir l’édition de hier de l’excellente émission quotidienne C dans l’air sur France 5 consacrée à cette problématique.

En dehors d’un certain nombre de vérités éthiques rappellées notamment par Bernard Debré et Gérard Salama, on a pu entendre une ou deux sottises de grand calibre distillées par Dominique Mennesson,  un père ayant loué les services d’une américaine, Mary, pour lui faire porter « ses deux enfants, à lui et sa compagne ».

Entre autres bêtises crasses, ce père s’est permis de nier purement et simplement le rôle de l’hérédité dans la filiation, donnant à cette dernière une origine purement sociale, style « les parents adoptifs sont les parents un point ».

En plus, confronté à la réalité, il s’est refusé à admettre que ses enfants avaient trois « mères », la donneuse d’ovocyte soi disant anonyme, la mère porteuse « technique » et rémunérée et pour couronner le tout la mère ayant « passé la commande » de deux filles. Elles sont encore trop petites pour lui poser de bonnes questions sur la situation de « leurs mères ». Ces lacunes ne l’ont pas empêché de faire sa pub pour CLARA, le  Comité de soutien pour la Légalisation de la GPA (Gestation Pour Autrui) et l’Aide à la Reproduction Assistée, qu’il a fondé avec sa femme.

Il ne fait pas de doute que l’aspect social d’une naissance est important. Mais il faut être stupide ou sectaire pour vouloir nier l’existence d’un lien héréditaire de filiation. Comme il faut être stupide pour oser défendre que tout ira bien dans le meilleur des mondes pour les enfants conçus dans ce genre de situations.

Personne actuellement n’a un recul suffisant pour asséner de pareilles « vérités », les techniques d’insémination datant de 20 ans environ. En revanche, ce que l’on sait en regardant simplement la nature, c’est que certains animaux qui ne peuvent se reproduire ne se reproduisent tout simplement pas.

Faire passer le désir irrépressible de maternité avant l’intérêt de l’enfant à naître est un non sens éthique. Si l’on croit dans les vertus de l’adoption (vertus qui restent aussi à démontrer sur un plan global), elle peut être une voie admissible éthiquement.

Mais la cuisine d’embryons et autres ovocytes faites pour des dizaines de milliers de dollars par des cliniques ukrainiennes ou américaines ou encore par des apprentis-sorciers italiens assez éloignés du Vatican est une brèche béante ouverte par les politiques (au nom encore du politiquement correct) sur l’eugénisme institutionnalisé. On admet déjà aux limites de l’éthique le diagnostic prénatal… et comme le rappelait le Professeur Debré, certains Prix Nobel ont même accepté de donner du sperme aux USA afin qu’on l’utilise pour « fabriquer des génies potentiels ». Ce qui a été fait, sans que l’on sache actuellement en quoi les enfants nés de ces manipulations ont ou non hérité de quelques défauts et qualités des « génies » en question.

On justifie actuellement le fait de règlementer, « car de toutes façons les mères en mal d’enfants feront n’importe quoi n’importe où pour en avoir de n’importe quelle manière ». C’est là-dessus qu’on devrait commencer à légiférer internationalement pour interdire ce genre de pratiques et ainsi tuer dans l’oeuf toute tentative d’eugénisme commercial.

Dur avec le désir de mère ? non, simplement soucieux de conserver à la grossesse un semblant d’éthique et de préserver à tous prix les droits de celui ou celle qui va naître sans avoir rien demandé à personne.

Autant il n’existe aucun droit légitime protégé à avoir un enfant, autant un enfant a des droits qui doivent être protégés.

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Catégorie: Res politica

Commentaires (13)

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  1. David dit :

    C’est un point de vue. Je ne pense pas que le sujet soit aussi simple, ni qu’il faille remuer le spectre de la commercialisation ou des techniques douteuses : elles existent, mais je crois que dès l’instant où vous êtes concerné et que vous vous intéressez au sujet, vous pesez rapidement le pour et le contre.
    J’ai rencontré certaines femmes célibataires qui, à un moment de leur vie, souhaitaient un enfant coûte que coûte, et certaines l’ont fait en recherchant un géniteur tout en sachant qu’elles ne lui diraient pas. Des hommes sont donc régulièrement trompés, sont pères et ne le savent pas : pour moi, ce type de comportement est du même tenant.

    En tous les cas, votre billet semble prouver une chose : c’est que vous n’avez probablement pas été confronté avec ce problème à titre personnel.

  2. Jasmine dit :

    Il y a une convention émise par le Conseil de l’Europe en 1997 et reprise par l’Unesco : la Convention d’Oviedo sur la biomédecine et les droits de l’homme. Elle est très précise sur le respect de la dignité humaine, l’autonomie de la personne et l’équité des pratiques. Ce sont les trois piliers qui de l’éthique. A vous lire, vous semblez l’ignorer.

  3. kalvin dit :

    Cette convention est gentillette. Elle n’a été ratifiée que par très peu de pays et en plus, malgré son existence, elle ne règle en rien les problèmes des apprentis-sorciers, car elle laisse toujours la porte ouverte en cas de « nécessité thérapeutique » ce qui donc ne veut rien dire sur un plan éthique.

  4. Jasmine dit :

    Vous êtes bien affirmatif. Cette convention impose le principe de non-lucrativité et de l’intérêt collectif pour un travail de recherche. On peut penser qu’elle aurait pu être utile contre les scandales du sang contaminé et surtout de l’hormone de croissance (quelques centaines de morts tout de même ! Sans compter les souffrances des survivants.). En tout cas, cette convention est bien plus précise que le principe de non-patrimonialité du corps humain qui veut tout et rien dire.

  5. Jasmine dit :

    @Kalvin,

    Avez-vous lu le livre Interdits d’enfants de S. & D. Mennesson ? Il est très intéressant et fort bien argumenté. Sa lecture pourrait vous faire relativiser certains de vos propos qui me semblent infondés. A ce jour, rien n’indique que la gestation pour autrui porte atteinte aux droits de l’enfant, à la condition bien sûr que l’on ne lui mente pas sur ses conditions de naissance.

  6. kalvin dit :

    @ Jasmine

    « A ce jour rien n’indique » … OK je veux bien, mais comment faire pour « indiquer » quelque chose en l’absence d’études scientifiques topiques sur la question ? on n’a pas suffisamment de recul en 2008 pour prétendre ceci, et ce n’est d’ailleurs pas mon propos.
    Quant au bouquin des Menesson, pour avoir entendu l’intéressé, sa position dogmatique insoutenable ne me fait aucune envie de le lire.

  7. Jasmine dit :

    @Kalvin,
    Vous affirmez donc qu’il n’y a pas d’études scientifiques sur la question car l’insémination date de 20 ans, et donc personne n’a de recul suffisant. Ceci ne vous empêche pas d’être catégorique dans vos critiques, ce qui me semble être un manque de recul. Rappelons que l’insémination existe depuis 40 ans de manière encadrée en France avec un suivi clinique de qualité fait par les Cecos, et que la gestation pour autrui existe depuis 25 ans, avec plusieurs centaines d’études cliniques. On est loin du manque de recul, faut-il encore se donner la peine de s’en donner les moyens.

  8. Jasmine dit :

    C’est amusant, vous êtes moins prompt à propulser vos convictions quand les arguments vous mettent en difficultés. Laissez-moi vous exprimer clairement ma pensée : vous êtes un ignare dogmatique qui a la prétention de clamer une conviction qui en fait relève de l’intolérance. Vous vous en prenez à la gestation pour autrui aujourd’hui, demain ce sera les moules à gaufres en silicone ou autre joyeusetés. Ce qui est rassurant, c’est que tout le monde s’en fout, à voir la fréquentation de ce post et l’absence de commentaires. Continuez comme ça, ne changez rien surtout. Ce qui serait très drôle, c’est qu’un jour, quand vous serez une personne en âge de procréer, vous soyez confrontés à l’infertilité… J’aimerais être alors la petite souris qui assiste à vos contorsions… En fait, pas sûr que ce soit intéressant…

  9. kalvin dit :

    @ Jasmine

    Je laisse votre commentaire en ligne en vertu du droit à la liberté d’expression auquel je tiens. Pour le surplus, un véritable argument et non une sorte de foi me ferait sans doute réfléchir : pour l’instant je ne vois rien venir dans ce sens.

  10. Jasmine dit :

    Je n’ai pas manqué de soulever des arguments que vous n’avez pas souhaité ou été capable de discuter. Je peux développer mon point de vue sur cette question de l’absence de vraie discussion. En fait, depuis l’avis du CCNE de 1984, la question de la maternité pour autrui perdure depuis un quart de siècle en France. Dans une approche rationnelle et responsable, on aurait pu penser que la discussion aurait dû porter sur une évaluation des risques et des bénéfices tant sur le plan individuel que collectif des différentes options que recouvrent les différentes formes de maternité pour autrui. Ces différentes options de conditions d’accès, de mise en relation, de lien génétique, d’établissement de la filiation, d’aspects financiers, de place de la gestatrice peuvent être évaluées au regard de nos droits constitutionnels de liberté individuelle, de respect de la dignité du corps humain, du droit à être soigné et des droits de l’enfant, comme cela a été fait dans la quasi-totalité des pays qui ont légiféré.

    Mais c’est une toute autre histoire à laquelle nous avons assisté en France, et cela est la même chose sur ce blog. Ce n’est pas un débat rationnel qui s’éternise entre personnes aux conceptions antagonistes, c’est une incapacité à élargir le champ du débat au-delà de l’accouchement que nous imposent les opposants à la légalisation de toute forme de maternité pour autrui. Loin de tout fait étayé, dans un déni profond des expériences positives d’autres pays, c’est en fait une recherche du retour à un ordre naturel fantasmé que nous subissons. Les invectives sur ce blog appelant à une punition par des autorités internationales en sont une illustration parmi d’autres. Comment est justifiée cette prohibition ? Ce serait un acte d’abandon d’un enfant par sa mère obtenu par coercition ou contre de l’argent, et cet acte aurait des conséquences dramatiques pour l’enfant ainsi né.

    Dans ce tableau tragique et caricatural qu’on veut nous faire croire, il est occulté beaucoup de choses. A commencer par le père. Ce qui fait le propre de l’humanité et qui la différentie de l’animal, c’est d’abord l’amour d’un couple et le désir de faire naitre un enfant. Ce qui fait aussi le propre de l’humanité et qui la différentie de l’animal, c’est que ce couple, et pas seulement la mère va ensuite élever cet enfant pour lui permettre un jour d’être autonome, et lui transmettre une histoire, une part d’humanité. C’est ce qui fait le cœur de la famille et dont nous connaissons les plus graves défaillances : violences conjugales, séparation, maladies… Il s’agit là de souffrances graves et avérées et non de simples suppositions comme celles que l’on prête à la maternité pour autrui. Ce qui fait le propre de l’humanité, c’est de ne pas subir son destin et de chercher sans relâche, et même parfois maladroitement, des solutions aux problèmes de l’existence et d’augmenter notre compréhension du monde. Ce n’est pas être apprenti sorcier que de vouloir faire reculer la souffrance, et vos propos rappellent tristement le discours de l’inquisition qui voyait la main du diable dans chaque scientifique.

    Dans le tableau tragique que l’on nous présente, c’est la toute puissance d’un ordre naturel duquel on ne pourrait s’échapper. La femme infertile devrait rester stérile, l’avenir de l’enfant serait déterminé par la grossesse, et l’argent ne serait que source de corruption morale. Dans cet ordre naturel que l’on voudrait nous imposer, il n’y aurait pas d’alternative pour la femme entre être une mère ou devenir une putain par la soumission aux forces de l’argent.

    Mais nous vivons dans un monde bien plus complexe. Il existe des milliers de façons d’être une femme, des milliers de façons d’être un homme, des milliers de façons d’utiliser l’argent, des milliers de façons de vivre une grossesse. Ce qui permet de vivre en société, ce n’est pas d’obliger les gens à rentrer dans des comportements fixés par des convictions, c’est de respecter les règles qui protègent la collectivité et l’individu, à commencer par ses libertés individuelles. Car ne nous y trompons pas, ce retour à un ordre naturel fantasmé n’est rien d’autre que le rêve d’un ordre moral qui nous rappelle les sinistres époques où l’on déniait à la femme la liberté et la capacité d’exercer certaines professions, de voter ou d’avoir un compte en banque, et qu’au fond la seule vertu qu’on lui reconnaissait était d’assurer la reproduction de sa famille. Après 25 ans de chocs des représentations, il serait temps d’aborder la question de la gestation pour autrui par une approche humaniste et pragmatique, et d’en déterminer les modalités selon nos principes constitutionnels, et non simplement selon les convictions de certains, à commencer par vous, dont les propos mélangent allègrement deux sujets sans lien que sont la peur de l’eugénisme et l’infertilité utérine. Nous disposons de l’expérience de nombreux pays qui ont su mettre en place des règles qui fonctionnent bien, et nous pouvons aussi nous appuyer sur l’expérience précieuse de 30 années de don de sperme en France par les Cecos. N’est -ce pas symptomatique d’ailleurs d’agiter le croquemitaine de la vente du sperme de prix Nobel aux USA quand chacun peut constater que la seule organisation qui a proposé ce service a fermé faute de clients il y a de nombreuses années ?

  11. kalvin dit :

    @ Jasmine

    Il y a du vrai dans votre panégyrique, des éléments avec lesquels je suis d’accord, d’autres moins. Ceci dit, la question centrale pour moi reste et restera longtemps encore la suivante : autant il n’existe aucun droit légitime protégé à avoir un enfant, autant un enfant a des droits qui doivent être protégés.

  12. Jasmine dit :

    Le droit à l’enfant n’existe pas bien sûr et n’est pas une revendication des couples infertiles : ils demandent seulement à avoir le droit d’essayer d’être soignés à l’aide d’un don, et bénéficier d’un don n’est pas un droit créance mais un droit liberté. Il est utile de rappeler que l’infertilité est une maladie selon les critères de l’OMS, et que cette même organisation considère la gestation pour autrui comme une pratique médicale « collaborative ». Bien sûr, l’enfant a des droits, et je ne vois pas en quoi la gestation pour autrui porterait atteinte à ses droits si elle se passe de manière transparente, en respect du consentement libre et éclairé et pour des motifs altruistes. Par ailleurs, quand on écoute l’interprétation de certains qui condamnent la gestation pour autrui au nom des droits de l’enfant, cela tourne au droit de choisir ses parents, ce qui n’existe pas dans le droit et est un non-sens.
    Par contre, ce qui est très concret, c’est que la situation française de prohibition interdit d’enfants les femmes sans utérus. Entre respecter la liberté d’essayer d’avoir un enfant (qui me semble découler du droit constitutionnel qu’est la liberté) et le droit à l’enfant, il y a un monde.

  13. greg dit :

    Ordre naturel fantasmé ?

    Ou ordre humain fantasmagorique. régi par des lois, traités, conventions, avocats, juges, discussions philosophiques / politiques / éthiques / morales / dogmatiques / etc… ?

    Tôt ou tard, l’ordre naturel, le vrai, pas le fantasmé, gagnera.
    Et tôt ou tard, la nature imposera à l’homme, pardon l’humanité, un système de contrôle de la population.

    Parce que au rythme ou va l’humanité, la surpopulation nous guette. Quand la Chine impose l’enfant unique, les bien-pensants crient au scandale, mais sans cela, les même bien-pensants crieraient au scandale de toutes ces souffrances de ces enfants surnuméraires…

    Un enfant qui fait le bonheur d’un couple en occident, grâce aux progrès de la médecine, se fait au prix de la mort prématurée d’un enfant ailleurs dans le monde.

    Vive le progrès !

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