Féminisme, égalité et autorité parentale

arton44.jpgOn se souvient des combats mémorables des féministes pour obtenir un semblant d’égalité sur toute une série de points. Elles avaient raison, elles ont été encouragées par bon nombre de bonhommes, plus qu’on ne veut bien le dire, et c’est aussi en partie grâce à certains d’entre eux que finalement la situation s’est améliorée, sans toutefois atteindre encore la nécessaire égalité, ce qui est regrettable.

Mais dans le débat de ces jours, l’impressionnante et sculpturale égérie genevoise Maria Roth-Bernasconi fait tache. Quelque peu paradoxale féministe femme-objet à ses heures pour une marque de montres, elle est opposée, au nom du droit des enfants, à une généralisation du prononcé systématique de l’autorité parentale partagée en cas de divorce. Elle nous montre une nouvelle fois qu’à ne jamais vouloir sortir des dogmes figés, il faut se méfier comme de la peste des fameuses égéries, car leurs motifs sont plus que troubles. "Que les parents se déchirent sur le dos des enfants me fait peur", ose-t-elle avouer publiquement et benoîtement en 2007, pour en tirer sa conclusion hâtive que seule l’autorité parentale de la mère est objectivement justifiable en toutes hypothèses. On se demande bien sur quelle planète elle vit, notre pauvre et sculpturale égérie. Ca fait justement des lustres que les couples séparés se battent comme des chiffonniers sur le dos des enfants en raison de cette incongrue inégalité. Que n’a-t-on trop entendu, "papa tu n’as rien à dire, je ne t’obéis pas, c’est maman qui de toutes façons décide et signe mon carnet scolaire …" petite phrase d’une redoutable importance quand on veut continuer un combat post-conjugal de tranchées et user voire abuser de son autorité parentale injustement non partagée.

User donc de cet étrange argument ne peut manquer de faire penser à des buts cachés poursuivis par notre vedette du jour. Que cherche-t-elle donc à prouver ? J’ouvre volontiers un concours d’idées sur la question dans la partie "commentaires" de ce billet, mais je crains le pire, car à en juger par la direction qu’elle est en train de prendre, visiblement notre égérie va prochainement militer pour la reproduction "asexuée" par le biais de mères porteuses libres et libérées s’approvisonnant à la banque du sperme gratuite et anonyme des gentils donneurs mâles. C’est le climat humide du bout du lac qui la trouble ou les années qui passent?

 

Mise à jour du 19 juin 2007: un lecteur a fait pavenir ce billet à Maria Roth-Bermasconi, qui lui a, en retour, fourni un article qu’elle avait écrit sur ce sujet. Dans le respect de la pluralité des opinions, je reproduis cet article ci dessous, qui m’a été envoyé par le lecteur en question.

Le seul défaut de (certains) hommes mariés est de ne pas être des pères

L’article de Michel Barde paru dans Le Temps du 18 avril dernier accuse les«féministes du Parti socialiste» -dont je suis- de négliger le sort des enfants et des pères en cas de divorce. Ce à quoi je réponds : le sort des enfants et des pères me préoccupe beaucoup. L’enfant, nous sommes d’accord, a besoin de ses deux parents et d’une relative stabilité. Dans ce but, priorité doit être donnée à l’égalité des chances entre toutes et tous. Loin de s’exercer au détriment de la relation père-enfant, l’égalité vise à renforcer ce lien. Dans l’intérêt de l’enfant, les pères mariés doivent en effet pouvoir s’engager pleinement dans leur responsabilité parentale. Cet investissement du père suppose une certaine égalité dans le partage des tâches, notamment dans l’éducation. Une égalité qui doit pouvoir se réaliser dès la naissance de l’enfant et pas seulement au moment d’une séparation douloureuse. Or, et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, ni les syndicats patronaux, ni les hommes qui se battent aujourd’hui pour les pères divorcés ne se sont manifestés quand nous avons demandé des postes à temps partiel pour les hommes et un congé paternité. Le monde économique actuel ne laisse hélas que peu de disponibilité aux pères pour s’investir auprès de leurs enfants. Avez-vous déjà entendu ce qu’on reproche à un jeune homme quand il demande un poste à temps partiel pour pouvoir s’occuper de ses enfants ? Et qu’en est-il de ces pères si fiers de travailler 16 heures par jour pour accomplir leur devoir professionnel ? Ont-ils encore du temps et de l’énergie à consacrer à leur progéniture ? De nombreuses études le montrent : bien des épouses se considèrent comme parent seul. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que, lorsqu’une séparation survient, la garde des enfants et l’autorité parentale soient attribuées à la mère dans l’immense majorité des cas. Ce n’est pas parce que la justice est mauvaise et ne veut pas attribuer cette responsabilité aux pères. C’est parce que notre société est encore ancrée dans l’image traditionnelle du partage des tâches : le père au travail, la mère au foyer. Une image qui va de pair avec les inégalités encore existantes dans notre société, notamment l’inégalité salariale (qui atteint toujours 20% en Suisse). Cet écart salarial a des conséquences concrètes : la majorité des pauvres en Suisse sont des femmes, et particulièrement des femmes élevant seules leurs enfants (20% des 9% de pauvres que compte la population totale).
Le nouveau droit du divorce permet d’ores et déjà l’autorité parentale conjointe. Les parents qui partagent les tâches durant le mariage et qui en viennent à se séparer ont la possibilité d’assumer ensemble la garde et l’entretien financier de leurs enfants. Mais l’autorité parentale conjointe d’office pour des parents qui ne sont pas d’accord entre eux risque de poser des problèmes plutôt que d’en résoudre. Le risque : que l’enfant se retrouve pris en otage entre deux adultes qui ne parviennent pas à s’entendre. Or, s’il est vrai que l’enfant a besoin de ses deux parents pour se construire, il a également besoin de vivre dans un environnement familial sans tensions et en paix. L’autorité parentale conjointe imposée n’est pas une véritable solution : elle risque de générer des conflits. Et, dans le cas où les parents s’entendent, ce n’est pas elle qui change la donne. Ce n’est qu’en travaillant à des pratiques et des représentations plus égalitaires que l’on renforcera l’implication des pères auprès de leurs enfants. Gageons qu’alors l’attribution de la garde aux pères deviendra plus fréquente ! A la clé de ces changements : le bien-être des enfants, qui doivent rester au centre de nos préoccupations. Dans leur intérêt et dans celui de la société tout entière, nous continuerons donc à nous battre en priorité pour que les parents puissent réellement partager les tâches éducatives dès la naissance de leurs enfants. L’enjeu n’est pas des moindres : leur permettre de devenir des adultes épanouis et heureux.

 

© Maria Roth-Bernasconi

 

 

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Catégorie: Res politica

Commentaires (4)

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  1. zozieau dit :

    On peut aussi soupçonner – car cela arrive, ce d’autant que journalisme et féminisme ne font pas bon ménage – que le journaliste ait retenu que ce qui l’arrangeait.

    Pour des arguments contre ce genre de loi (et non forcément contre la garde partagée), on ira chez Sisyphe : http://sisyphe.org/article.php3?id_article=1627

  2. kalvin dit :

    J’ai été étonné par la prise de position de MRB. Une mauvaise retranscription est toujours possible, mais j’ai vu cette déclaration dans plusieurs médias différents et entendu aussi l’intéressée la faire sur les ondes… donc, peut-être ai-je mal compris. Ceci dit merci pour la source Sisyphe que je ne connaissais pas. La garde alternée est encore un autre problème, certes connexe, mais qui ne se recoupe pas avec le droit des enfants d’avoir officiellement un père exerçant officiellement une part de l’autorité.

  3. Tiouk dit :

    S’ils n’insistaient pas autant sur les pensions alimentaires, je pourrais commencer à imaginer qu’il s’agit d’un noble combat… :o)
    MRB est outrancière, comme à son habitude. Mais n’est-elle pas là pour cela ?

  4. kalvin dit :

    Vous avez sans doute raison, il faut toujours des joueurs de cornemuse dans les armées efficaces.

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