France : les grèves non spontanées

20 novembre 2007 | par | 1 commentaire Plus loin

greves1.jpg

Depuis quelques jours, la France et particulièrement ses travailleurs sont sinon paralysés du moins largement empêchés dans leur vie quotidienne par les grèves des services publics, en particulier dans les transports.

Notre pays n'a certes pas la culture de la grève puisque ce droit ne figure que depuis peu de temps dans notre constitution. Mais on doit dire que la raison profonde de ces grèves, du moins les raisons officielles, ne manquent pas d'interroger. Les Français ont élu un nouveau Président au printemps avec une majorité plus que confortable sinon historique. Et quoi que l'on puisse penser de ce Président, de sa politique ou de sa faconde, on doit à la vérité de rappeler que dans ses propositions le candidat et futur président a clairement annoncé qu'entre autres réformes, il supprimerait le système de retraites spéciaux en vigueur, en particulier ceux qui choquent et n'ont plus aucune justification.

Un conducteur SNCF touche encore en 2007 une prime spéciale pour inconvénients dus aux locomotives à vapeur … à l'heure des TGV. Il est vrai que la suppression de droits acquis ne se fait jamais sans douleur, mais l'un des problèmes majeurs de la France est sa faible compétitivité en comparaison internationale, due notamment au fameux dogme des 35 heures, auquel s'ajoute une extraordinaire faculté de fonctionnariser les problèmes par couches superposées de responsables dont les compétences se recouvrent partiellement et qui font donc souvent le travail à double.

Ce qui aussi ne manque pas de faire réfléchir est l'aspect dûment planifié et attendu des mouvements sociaux en question. Depuis le printemps on attendait ce type d'actions, qui s'inscrivent d'ailleurs dans la fameuse "rentrée sociale" que les Français aiment à célébrer chaque année, particulièrement après une élection. Mais ce genre de mouvements a quelque chose d'artificiel et de "téléphoné". Il arrive comme si les syndicats devaient absolument dépenser l'argent de leurs immenses cagnottes alimentées par les patrons français souvent en liquide et se faire voir et entendre médiatiquement. Lorsqu'on écoute et regarde leurs dirigeants, on a franchement l'impression qu'ils ne croient pas en leur propre argumentation, qu'ils partent perdants, qu'ils se savent perdants, mais qu'ils ont comme une sorte d'obligation morale vis-à-vis de la base de faire sonner les clairons. 

Il est vraiment foncièrement paradoxal de mettre face à face les têtes pensantes françaises de tout premier calibre, d'un pays capable du meilleur sur le plan scientifique ou celui de la recherche, et cet état d'esprit du fonctionnariat de la grève qui semble vraiment ancré dans l'esprit français depuis des lustres. Sans vouloir se mêler de ce qui ne nous regarde pas, on leur suggèrera peut-être et modestement de penser à réformer aussi cet état d'esprit, car il fait franchement fin de 19e siècle et pas très dynamique.

Tags: , , , ,

Catégorie: Res politica

Commentaires (1)

Trackback URL | Comments RSS Feed

  1. halcyon dit :

    « Pas très dynamique? », dites-vous? Je crois que cette réforme vise bien plus qu’à une simple réforme des soi-disants « régimes spéciaux ». Il y a des régimes spéciaux bien plus scandaleux et moins justifiés que ceux de la SNCF et autres. On entend vraiment tout et n’importe quoi au sujet de ces grèves, et le résultat final est de dresser des salariés contre d’autres salariés – encore un succès de la politique « diviser pour régner » de Nicolas Sarkozy, qui semble porter ses fruits au-delà de ses frontières. A ce sujet, je vous invite à lire cette lettre ouverte d’un cheminot gréviste qui a l’avantage de remettre les pendules à l’heure :

    http://lmsi.net/spip.php?article691

Laisser un commentaire