Genève: la salsa du maton ou le triomphe de l’éthiquement honteux

24 novembre 2007 | par | 14 commentaires Plus loin

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Dans une édition récente, la Tribune de Genève glorifie le succès remporté par la dernière revue de la Prison de Champ-Dollon, la prison en chantant, qui a selon l'organe de presse pas très inspiré ni critique sur ce coup-là, enchanté deux soirs de suite plus de 900 personnes. On y voyait un directeur soudainement moustachu pour ressembler à un illustre président de la commission des visiteurs et des gardiens chantant et jouant la vie de prisonniers, les petites histoires de la maison, et bien sûr aussi quelques têtes couronnées du barreau genevois avec lesquelles ces Messieurs Dames ont joué aux quilles comme si c'était drôle. Et tout le monde d'applaudir, de se marrer grossièrement comme est capable de le faire le maton lambda dont la cervelle et le sens critique sont proches de ceux de l'ornithorynque, sans injure pour cet animal.

Ce genre de revues est scandaleux tant sur le principe que lorsque l'on sait comment sont traités les "pensionnaires de cet établissement", brimades, abus de pouvoirs ou pas loin, combines diverses, trucs et astuces, compromis discutables bref toute la panoplie du parfait maton usant et abusant du pouvoir que lui donne son fameux trousseau de clés.

Ce blog s'est évidemment renseigné auprès d'ex-pensionnaires de l'établissement avant d'écrire ces lignes, et ceci de façon non univoque. Les témoignages sont terrifiants. Prison surpeuplée et complètement déglinguée, destinée à la prison préventive de personnes non encore jugées et donc réputées innocentes, tant en ce qui concerne le bâtiment que l'état d'esprit qui y règne.

Il y a certes encore quelques spécimens de matons d'une ancienne génération, qui font leur travail avec la noblesse et le respect requis par la fonction. Mais ces spécimens se font de plus en plus rares, retraite à 55 ans au maximum oblige …les nouveaux petits chefs en revanche, et aussi les petites cheffes car elles règnent de plus en plus sur leur population masculine, ont un tout autre état d'esprit : ils (elles) entrent dans le métier sans aucune conviction car ils ont généralement raté l'école de police ou leur examen de fin d'apprentissage, et ils ne voient que trois choses importantes dans leur choix : le travail de fonctionnaire hyper-cool et hyper-protégé (ils passent une grande partie de leur temps dans des petites cabines en verre au fond des couloirs de couleurs diverses selon les étages pour jouer sur des ordinateurs, ou pour faire des travaux pour leur propre compte, ou encore pour planifier leurs futures vacances sur internet en machouillant le chocolat qu'ils ont retiré d'un colis à un détenu car il ne correspondait soi-disant pas aux normes…), les horaires débordant sur la nuit qui leur donnent des compensations inégalées dans aucune profession, et la retraite qui elle est est assurée comme celle des flics, à la fleur de l'âge. Il n'y a pas de vocation chez ces gens-là, il n'y a qu'opportunisme socio-économique. Et surtout que l'un d'eux ne s'avise pas d'être sympa avec un détenu, il sera immédiatement rangé au rayon des empêcheurs de tourner en rond.

Savez-vous que pour pouvoir espérer faire un téléphone de 5 minutes à sa famille, le détenu standard doit remplir des formulaires qui suivent toute une voie administrative et qui, en cas d'acceptation de la demande, permettront au requérant de faire un téléphone à une heure donnée (disons 15 h) le mercredi x du mois y mais avec et après un délai d'attente de plusieurs semaines. Supposez maintenant qu'il y ait un décalage horaire avec l'endroit où il souhaite téléphoner, et vous verrez le plaisir et la facilité avec laquelle le maton standard peut mettre les bâtons dans les roues quand et comme il veut. Enfin pour couronner le tout, le téléphone est lui-même surveillé voire enregistré selon les cas.

Et le nouvel arrivant qui voudrait des cigarettes, et bien il lui faudra patienter le temps que le préposé à la cantine veuille bien se réveiller, ceci à condition qu'il dispose d'une somme d'argent sur son compte… et le mépris marqué pour les visiteurs qui sont traités comme des co-responsables, etc.  mais ceci ne sont que de petits exemples quotidiens.

Bien sûr il y a des exceptions comme partout, tant dans les matons jeunes que dans les chefs expérimentés. Mais malheureusement ce ne sont que des exceptions qui confirment une règle bien répandue.

Et après ce genre de traitements le maton s'en amuse publiquement et en tire avec la bénédiction complice de sa hiérarchie une revue destinée à faire rire le public, même si on peut penser que la majorité du public était composée des femmes de matons ou des maris de matonnes? c'est vraiment moralement n'importe quoi et scandaleux face aux détenus dont ils ont la responsabilité. Leur condition ne prête ni à rire ni à sourire. Quant à la Tribune de Genève, elle ferait mieux de réfléchir avant de publier n'importe quel article laudatif sur une manifesation choquante et absolument inacceptable.

 

Crédit photographique : Magali Girardin -Tribune de Genève 

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Catégorie: Res politica

Commentaires (14)

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  1. george dit :

    Pensez-vous qu’à Belle-Idée, c’est beaucoup mieux ?

  2. kalvin dit :

    Non je sais même que c’est pas mieux du tout, mais Belle Idée ne fait pas de revue en se fichant des patients…

  3. tortue dit :

    Je ne savais pas que l’on pouvait être amusé par le sort d’un résident de Champ-Dollon » détenus non jugés donc présumés innocents. Je n’ai pas vu la pièce dommage ! … Heureusement, à voir les critiques, je ne regrette rien car s’amuser du drame des autres ne doit pas être marrant. Je plaints ces pauvres matons « détenus payés » qui finalement se moquent de leur propre sort.

  4. riri dit :

    C’était une revue pour fêter les 30 ans de la prison, et donc un petit rappel de ces 30ans….comme la revue annuel du Casino-Théâtre (humour)…et non pas un spectacle pour se moquer des détenus…Et au sujet des renseignements des ex-pensionnaires (escroc, bandit, voleur, pédophile, assassins, etc…) il ne faut croire tout ce que l’on vous raconte mon cher monsieur…petit rappel d’un incident survenu cet été… un bandit marseillais a dit au juge Graber que l’émeute de cet été était l’œuvre des gardiens..Et après enquête le juge Graber à blanchis le personnel de la prison…mais maintenant si vous préférez croire toute les bêtises d’un pseudo journaliste frustré avec des sources peux fiables alors continuer à lire ces articles.

  5. tortue dit :

    Cher Riri, je suis navré que vous ne semblez toujours pas comprendre que les détenus de la prison de Champ-Dollon sont présumés innocents, ceux que vous osez traiter d’escrocs, de bandits et autres qualificatifs, il n’y a pas que des récidivistes. Attention de ne jamais vous retrouver de l’autre côté de la barrière ! … c’est tellement vite fait !…la vie peut basculer très vite et sans le vouloir, par exemple en prenant votre voiture. Attention, attention, ne jugez point ! Après tout, c’est des êtres humains, vos semblables. Vous êtes là-bas pour gagner votre croûte comme tout le monde. De plus, je pensais que vous aviez un petit plus d’humanité et plus de convictions pour travailler dans un milieu carcéral. Je ne vous ai pas critiqué, j’ai juste compati à votre douleur car être enfermé comme les détenus pendant 12 heures, et ceci durant 3 jours, ne doit pas être chose facile à gérer tous les jours. C’est pour cette raison que j’ai dis, « vous vous êtes moqué de votre propre sort et que je ne regrette pas d’avoir manqué le spectacle » sous entendu, je reste au moins au vu de la critique, sur un simple spectacle marrant pour divertir les gardiens et la population afin de passer un moment et peut-être d’ouvrir un débat. Pour moi, il n’y a rien de mal à tourner son travail en dérision mais restez humble… cher Monsieur Riri ou Madame… Ne traitez jamais quelqu’un de criminel ou de truand sans qu’il ne soit jugé, on ne peut plus faire correctement son travail avec ce genre de ressentiments. Acceptez les critiques des journalistes ! C’est bénéfique pour tout le monde, ils font aussi leur travail, vous en avez pris effectivement pour votre grade. Ça nous fait au moins réfléchir sur les situations de chacun. Même si vous êtes accusé à tord ou à raison, cela évite les dérapages éventuels. Sachez juste une chose, accepter les critiques vous fera progresser, le contraire fera de vous, les bourreaux d’un autre siècle. Je m’excuse infiniment, si je vous ai froissé ou peiné, ma réaction était à vif. Recevez Monsieur Riri ou Madame…, mes respectueuses salutations. Peutêtre à un de ces jours, on sait jamais…

  6. bellelune dit :

    Monsieur, vous êtes vous déjà rendu compte lorsque c’est une journée avec un beau soleil, vos prisonniers ne peuvent pas le voir, et sont 24 sur 24 sous une belle lune. Ne pousez pas le bouchon trop loin riri.

  7. kalvin dit :

    On pourrait à la rigueur admettre que l’on se moque des détenus dans une revue, si les détenus y jouent leur propre rôle. Mais dans ce cas, on n’a même pas eu l’idée de leur présenter ce soi disant divertissement, pourquoi ?

  8. bellelune dit :

    cher kalvin,
    Ils n’ont pas pris le risque de les sortir, déjà que derrière les barreaux ils se font la malle. cela aurait été le chômage assuré pour les matons… plus besoin d’agrandir, moins de frais, moins d’impôts, s’aurait été génial.Sais-tu combien un détenu en prison ?

  9. kalvin dit :

    Sans garantie mais selon mes sources, un détenu coûte environ Fr. 400.– par jour.

  10. bellelune dit :

    Et bien merde alors, on devrait tous les relacher, et mettre cet argent pour nos vieux ( EMS )

  11. kalvin dit :

    Il y a quelque chose à dire en effet !

  12. tortue dit :

    Je viens de voir qu’un détenu nous coûte ou nous croûte 400.-fr et bien !!! Si la justice se bougée le cul, il y aurait surmant moins de personne à notre charge et là on pourrait faire des économies. Merci pour le renseignement Kalvin. C’est là que l’on aurait besoin des journalises pour écrire quelque chose à ce sujet pour remuer notre justice qui glande.

  13. kalvin dit :

    Oui, tortue, mais ça ne fait pas vendre …

  14. tortue dit :

    Je comprends bien que c’est pourri dans le royaume. Tout le monde sans fout. Et nous on doit passer à la caisse. Ils parlent de 400 prisonniers environ sur une année, ils nous coutent 58 millions par an, voilà le trou de Genève.

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