Il cache quoi Hans-Rudolf ?

24 juin 2009 | par | 1 commentaire Plus loin

Les silences de Hans-Rudolf Merz en matière fiscale cachent sans doute d’étranges compromis sur le plan moral

Le processus législatif est connu en Suisse notamment pour être lent et complexe. La vitesse de fonctionnement d’un conseiller fédéral bourgeois est un peu à l’image du processus législatif lui-même, et encore faut-il qu’il travaille, ce qui est loin d’être toujours évident malgré les apparences.

On aura aussi remarqué au fil du temps que la fameuse excuse selon laquelle tout prend toujours plus de temps qu’on le croit au départ est devenue une règle de vie politique, un sorte de réflexe pavlovien de membre de l’exécutif fédéral, perdu sans sa pléthorique cour des experts et autres admirateurs payés pour l’encenser.

Et voilà que dans un domaine particulier et sous la pression des baïonnettes, Hans-Rudolf Merz est en passe de battre des records de vitesse en matière de signatures d’accord de double-imposition. Etrange et soudain changement de régime moteur.

Certes ce n’est pas de son plein gré que pour une fois il se hâte, mais en tous cas à l’insu de sa nature profonde. En deux temps trois mouvements, la Suisse a signé par sa main un nombre impressionnant de conventions fiscales ou d’avenants à des traités existants. Mais pour reprendre sa nature profonde, le ministre cultive le secret autour de ces signatures. Une fois c’est un pays cosignataire qu’il refuse de nommer, une autre c’est le contenu réel du traité qu’il refuse de donner, sous de fallacieux prétextes de « concurrence fiscale ».

On s’interroge à souhait dans les médias sur les concessions que la Suisse aura dû faire par l’intermédiaire de son inhabituellemnt hyperactif ministre des finances. Mais malgré la crise, malgré les couacs monumentaux que vient d’apporter au monde l’économie de marché débridée, personne ne s’intéresse au contenu moral de tels accords. On reproche déjà à la Suisse d’avoir vendu son âme pour pas cher … et fait fi de certains principes constitutionnels de base applicables en la matière. Mais on oublie de vérifier dans quel état d’esprit la Suisse a négocié. Or elle ne l’a certainement pas fait au détriment des banques et des multinationales.

Outre que le procédé du secret que Hans-Rudolf Merz utilise en l’espèce est pour tout dire un peu puéril, ses motivations profondes échappent à l’examen puisque justement il refuse d’en parler. Mauvaise tactique qui risque de lui revenir à la figure au premier référendum venu, qui sera sans doute soutenu par une alliance assez hétéroclite politiquement parlant.

Mais surtout le ministre doit des comptes tant au Parlement qu’au peuple. Et refuser l’accès à l’information comme il le fait ces temps laisse penser que son seul moteur a été de préserver en cachette une forme de secret bancaire en matière fiscale.

Or un tel secret est devenu depuis longtemps purement et simplement inacceptable éthiquement et politiquement. La conception de la démocratie de notre ministre des finances est décidément bien particulière.

Tags: , , , ,

Catégorie: Res politica

Commentaires (1)

Trackback URL | Comments RSS Feed

  1. olivier melet dit :

    Merz!

    En matière de démocratie, que peut-on attendre de cet homme, qui rappelons-le, a longtemps oeuvré pour supporter financièrement le régime de l’apartheid en Afrique du Sud.

    A l’éclairage de son passé, on comprend aisément quelles ‘valeurs’ cet homme peut défendre.

    Je m’étonne d’ailleurs encore que la Suisse puisse accepter une telle personnalité dans son exécutif. Pour ma part, j’ai honte.

Laisser un commentaire