La richesse des pieds dans le plat

5 octobre 2008 | par | 2 commentaires Plus loin

Auto-censure, politiquement correct, ménager la chèvre et le chou, ne pas généraliser : voici quelques objections/arguments que l’on peut voir ou entendre à propos des écrits polémistes ou/et à fleur de peau.

Superficiels, ils manqueraient de profondeur, seraient souvent « peu objectifs » (et pour cause) et pourraient nuire à la défense de l’une ou l’autre cause politique importante mais officielle.

Ce type de réflexions au sujet de la polémique est très suisse. Dans ce pays où la règle du consensus est érigée en dogme, il ne fait pas bon avoir quelques cheveux dans le vent et qui ne sont pas alignés sur la coupe brosse traditionnelle.

On pourrait imaginer que les critiques de ce type proviennent de milieux conservateurs voire rétrogrades. Rien n’est moins vrai. La gauche gouvernementale souffre elle aussi de cet archaïsme. Et ce manque d’imagination, ce conformisme calviniste austère, cette retenue excessive et calculée sont autant d’éléments qui nuisent à la bonne diffusion d’un message politique. S’il est une seule chose que l’UDC a comprise, c’est bien celle-ci.

Et s’il est vrai que la présence d’experts et d’analyses complètes et scientifiques est nécessaire, il est tout aussi nécessaire d’avoir à leur côté quelques trublions qui ne s’embarrassent pas de complétude et d’analyses fouillées, mais fassent connaître quelques pistes de réactions, voire même quelques pistes de réflexion.

Car il est rare que les idées nouvelles sortent des aréopages d’experts, aussi brillants soient-ils. L’expert est une espèce qui a un peu trop tendance à vivre en vases clos, un peu à l’image de certains enseignants, ceux qui finissent par ne plus rien avoir à dire de neuf, de renouvelé, de fraîchement abouti.

On peut croire à la valeur du consensus comme système de fonctionnement politique, encore que ce type de formule s’essouffle en tous cas dans notre pays. Mais avant de parvenir à un consensus, il faut partir de bases éloignées pour que le rapprochement ait un sens.

Car si on est d’accord d’emblée, rien ne sert d’entrer en politique, quelle que soit la forme de participation que l’on y souhaite apporter. On peut simplement se contenter d’un rôle de gestionnaire.

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Catégorie: Res politica

Commentaires (2)

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  1. C’est bien vrai. Et on ajoutera que dans ce pays, la critique du consensus, de la retenue et du manque d’imagination est souvent convenue, elle aussi. Elle n’est pas toujours plus sexy, surtout quand elle vient de gauche.

    D’où le sex appeal de l’UDC et de certains de ses représentants (au propre et au figuré). D’où le frisson malsain (forcément malsain) quand on se surprend à trouver plus d’intérêt à la Weltwoche qu’à un journal du centre modéré et prévisible qui ne surprend ni n’apprend (oh le goût qu’a cette transgression).

    Quant à l’épithète « calviniste », telle qu’elle est employée dans ce billet, elle ne saurait s’appliquer à Calvin qui n’aurait pas fait ce qu’il a fait s’il avait été conformiste. (Son autoritarisme, si regrettable ait-il été, relève d’une autre catégorie de vice.)

  2. kalvin dit :

    @ Guillaume
    En effet, l’acception utilisée de « calviniste » est incorrecte. Il est néanmoins vrai que parfois, on peut imaginer une certaine analogie entre tristesse, voire austérité du ton ou de l’image et ce brave réformateur…

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