LACI : la Suisse francophone soldée

27 septembre 2010 | par | 6 commentaires Plus loin

Les commentaires de la presse romande sont bien frileux après le résultat de la votation de hier sur la révision de la LACI. On sent que le groupe Ringier est plus que jamais présent en leur sein et que Tamedia dicte sa loi à feu les éditorialistes d’Edipresse.

Même au niveau journalistique, l’emprise économique alémanique se ressent donc de façon significative sur les cantons romands. Ces derniers sont depuis des années pompés et grugés par la capitale économique, suivie avec délice et manque de courage par une cohorte de cantons voisins qui ont un souvenir très estompé et utilitariste de la solidarité nationale.

L’heure n’est sans doute pas à la scission systématique, mais la Suisse alémanique ferait bien d’y regarder à deux fois avant de continuer à suivre aveuglément Blocher et ses disciples. On a toujours besoin de plus petit que soi, notamment dans des domaines scientifiques et artistiques.

Et surtout, on a bâti ce pays sur une alliance de faibles et de forts respectueux de la dimension du voisin. Depuis l’avènement de l’UDC, bâti sur le vent des girouettes mais à coups de millions frappeurs, ce ciment confédéral se fissure. Au sein même de l’exécutif fédéral, on voit que Maurer et Blocher sont et n’ont été que des boute-feux incapables de la moindre collégialité et de la moindre efficacité.

La preuve que même au niveau des élites, l’UDC  manque de bras autant que de cerveaux. La présence de cette faction populiste dans le paysage confédéral est tout sauf un gage de progrès, mais source d’un alignement bourgeois souvent proche de la trahison. Tout semble fait à sa solde pour que la Suisse alémanique augmente encore son pouvoir et son emprise économique et que la Suisse romande devienne une sorte de tiers-monde juste bon à la fermer et à contribuer au bien-être alémanique au détriment de ses propres intérêts.

Une trop grosse fracture dans ce sens rendra un jour la cohabitation difficile et un scénario à la Belge ne serait plus aussi invraisemblable qu’il n’y paraissait encore il y a quelques jours.

Car en plus du fond, la forme démontre un mépris pour le Welsch que ce dernier, s’il faisait preuve de lucidité collective, ne supporterait plus très longtemps. Le malheur dans ce genre de situations, c’est que la population est occupée à autre chose qu’à forger son destin et laisse donc le champ libre à ceux qui savent mieux compter et mieux opprimer.

Triste constat.

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Catégorie: Res politica

Commentaires (6)

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  1. Mathieu Janin dit :

    La Suisse alémanique est démocratiquement majoritaire en Suisse. Pourquoi donc s’étonner que leurs vue d’esprit soit majoritaire également dans les résultats des votatons politiques?. Au lieu de s’en plaidre que font les Romands pour gagner en influence outre-Sarine?

    La recette: émigrer au moins une année et apprendre l’allemand, voire beaucoup mieux maîtriser les dialectes alémaniques et réseauter outre-Sarine. Ce faisant, le Röstigraben diminuera au bénéfice de l’influence romande.

    Notre pays est multiculturel et ces différentes cultures se reflètent également dans la vie politique helvétique. Selon moi, c’est cette différence qui rend la Suisse si forte.

    • kalvin dit :

      @Mathieu

      Je suis d’accord avec vous s’agissant du (des) dialecte suisse-alémanique : je le parle. Mais je crois que le mal est plus profond. Il n’est que d’entendre cette « chère » Doris Leuthard commentant les résultats des votations et prétendant assez clairement que le suisse romand est moins assidu au travail que le suisse alémanique pour s’en convaincre. En voilà encore une qui n’a jamais dû passer par les sinistres procédures et fonctionnaires des ORP.

      • Mathieu Janin dit :

        La condescendance suisse-alémanique envers sa minorité romande fait partie des clichés bien réels de notre pays. Ayant vécu une vingtaine d’années outre-Sarine, je l’ai expérimentée sous toutes ses coutures. Le résultat des votations de ce weekend ne me surprend pas dans la mesure où la perception de l’état est tellement différente que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre de la barrière de rösti. Mais que font les romands pour mieux comprendre et converser avec la majorité alémanique: malheureusement pas grand chose.

        Il faudrait organiser des séminaires en Romandie pour expliquer aux romands comment les alémaniques fonctionnent. La réciproque existe déjà outre-Sarine. Pourtant personne n’y a encore pensé dans la région francophone à ma connaissance. Pourquoi? Serait-ce parce que la minorité romande se complaît dans son rôle de victime? Si tel est le cas nous avons du souçi à nous faire à l’avenir…

  2. george de glücksbierg dit :

    Mon bel ami. vous connaissez le roman, il faut remettre le père à sa place, chasser l’amant…Salut.

  3. george de glücksbierg dit :

    En fait la question est de savoir où nous allons. L’habitude est de laisser aller, confiant que tout va, alors que maintenant, même chez vous, ça va devenir difficile, L’îlot suisse va puiser dans ses réserves. Heureusement, il y en a. Le scandale est la corruption de ne pas poursuivre nos banquiers malhonnêtes. C’est une erreur. Cela confirme une mauvaise image du pays. Par exemple, en 1956, la fortune de ma mère à la SBS valaist 21 millions et à sa mort en 84, il restait 6 millions à l’UBS, étonnant, non ? Salut.

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