Nous sommes tous devenus banquiers

13 octobre 2008 | par | Pas de commentaire Plus loin

Certains pays sont en faillite technique, d’autres vont suivre. Le fonds AVS qui est censé être bien géré vient de perdre plus de deux fois son revenu annuel normal, sans tenir compte des derniers soubresauts d’octobre.

Les bourses toujours aussi pusillanimes et déconnectées des réalités remontent en flèche en ce lundi matin où l’interventionisme et la nationalisation sont devenues les nouvelles mamelles à la mode de la politique internationale.

De Paris à Berlin en passant par Londres, Francfort et autres places financières, on se réjouit du « courage » des chefs d’Etat qui ont « pris le problème à bras le corps » et auraient donc insufflé une nouvelle confiance dans le système.

Le truc trouvé est très simple : garantir tous les prêts interbancaires. Ce qui revient à dire qu’il suffira dès lors de prêter (avec garantie étatique … ) à une banque en difficulté, de pomper ses liquidités et de la regarder mourir … aux frais de qui  ? on se permet à peine de poser la question tellement la réponse est simple.

Aux frais du citoyen-contribuable qui ne discerne pas encore une fin de crise ni surtout la hauteur des diverses factures qui vont arriver rapidement dans sa boîte à lettres. Promu malgré lui au rang de garant universel, le peuple devient banquier à la place des califes du subprime.

Magnifique promotion, mais qui va lui coûter des fortunes. Car lorsque l’État libéral (par définition aux caisses vides pour tous les problèmes sociaux) se met à garantir des prêts interbancaires avec un mauvais motif (« on ne peut que faire ça »), il le fait très directement en ponctionnant le citoyen-contribuable. Pas forcément par l’invention immédiate d’une nouvelle taxe au sens strict, mais surtout par l’abyssal trou qu’il décide de creuser dans les finances publiques sans en référer à la base populaire. Soi disant pour fluidifier un système grippé, de fait pour sauver la tête d’une caste d’irresponsables.

Car si le nouveau citoyen-banquier-contribuable depuis ce lundi garantit tout, on peut en revanche lui garantir une chose : la prémisse du raisonnement international selon lequel les banques ne peuvent pas mourir sauf à ce qu’un cataclysme se produise est un constat incorrect qu’on peut faire depuis des années. Mais qui n’a jamais vraiment préoccupé les partis bourgeois, aujourd’hui plus marxistes que les extrémistes. C’est tellement facile d’être marxiste et répartiteur avec l’argent des autres.

Oublier les problèmes de pauvreté, sociaux, de chômage, de croissance, de compétitivité, de retraites, de formation pour ne s’atteler qu’à sauver des chevaux fous est débile. Ça ne fera qu’aggraver les tensions sociales, et à juste titre. Car aujourd’hui ce n’est même plus d’une juste répartition des richesses que l’on parle, c’est de la hauteur d’une ponction supplémentaire exigée des humiliés pour plaire aux riches que l’on débat, ou plutôt qu’on nous impose.

Non seulement on peut se passer du système bancaire privé, à condition d’y penser à l’avance et de construire des banques d’État à temps. Mais encore la simple signature de l’État, au nom des contribuables « associés » n’est qu’un miroir aux alouettes. Vous voulez des francs congolais, rwandais ou peut-être des guinées comme salaire ?

Pour l’instant délaissées, les seules pistes de solutions en profondeur à la crise sont de nature économique et sociale. Il faut en très grossièrement dit que chacun puisse vivre correctement sur cette planète, et alors seulement on pourra parler de début de fin de crise.

Malheureusement pour l’instant, on ne fait que jeter de la poudre aux yeux, aux frais de la base doublement humiliée.

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Catégorie: Res politica

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