ORS Service AG : Swiss migrant business

7 octobre 2009 | par | 1 commentaire Plus loin

On connaît la problématique complexe de l’accueil de requérants d’asile de toutes nationalités, en particulier à travers les CEP de Vallorbe, de Chiasso, de Bâle ou de Kreuzlingen, qui sont les premiers passages obligés fédéraux des migrants. Ces « magnifiques » centres sont évidemment dirigés par des chefs, si possible suisses alémaniques et un peu militaires, qui se nomment chefs de centre.

Ils ont tous une belle carte de visite de la Confédération, respectivement de l’Office fédéral des Migrations. On pourrait donc presque croire qu’ils exercent la puissance publique au nom du pays dans leur activité. La réalité est pourtant nettement plus complexe.

A part tous les fonctionnaires de l’ODM  chargés de l’accueil du migrant,  celui qui cherche un peu trouve là au milieu une structure parfaitement commerciale et destinée à faire du profit qui s’appelle ORS Service  SA avec siège à Zurich: et quand on demande à l’un de ses cadres romands si c’est bien ça,  une boîte privée à faire du fric donc, il a du mal à le contester et sourit d’un air entendu…

La où la chatte commence à avoir encore plus mal aux pieds, c’est que l’employé privé de ORS Service SA  a deux mails sur sa carte de visite  : un auprès de ors.ch et un …. auprès de l’Office fédéral des Migrations (xxx@bfm.admin.ch). Étrange mélange des genres

La structure faitière de l’organisation de cette société anonyme commerciale en dit plus long que tous les discours sur ses objectifs :

Directeur
Eric Jaun

Directeur opérationnel des mandats fédéraux
Martin Baumann
Économiste d’entreprise ESCEA/HES

Directrice des Finances
Maria Sessa
Master Accounting and Finance

Directeur opérationnel du canton de Zurich
René Burkhalter
Hôtelier/Restaurateur -Dipl. féd. HES

Directeur Marketing
Roman Della Rossa
Directeur d’institution sociale diplômé, brevet fédéral de technicien en marketing etc…

On ne voit donc, dans ces hautes sphères qui font même du « marketing de réfugié » que des financiers qui ne sont guère des travailleurs sociaux, même du dimanche.

Et quand on cherche un peu plus loin, on apprend que ORS Service  AG, évidemment certifiée ISO machin truc par … la Confédération, ce sont :

Gestion des 7 centres de la Confédération
Plus de 50 centres d’hébergement collectifs et communaux
Plus de 4’000 requérants d’asile par jour => plus de 1’400’000 de jours d’encadrement par an (à combien de centaines de francs le mandat par jour ?)
Plus de 300 collaboratrices et collaborateurs
Des années d’expérience dans la gestion des établissements d’asile et de réfugiés (depuis 1992) etc.

Et en Suisse romande ils se cachent dans les CEP ou auprès des postes de police comme celui de l’aéroport de Genève-Cointrin, dans une façon de cohabiter pas très transparente.

Missions :

  • Exécution efficace et sans heurt du mandat
  • Encadrement fiable et traitement humain des requérants d’asile et des réfugiés
  • Solutions efficaces et flexibles
  • Culture de communication et d’information ouverte

Sur la mission détaillée on apprend aussi que ORS ne se mouille pas trop à l’arrivée :

Dans les centres d’enregistrement et de procédure (CEP) de la Confédération, les migrantes et les migrants présentant une demande d’asile sont accueillis par Securitas et confiés à l’encadrement après l’enregistrement des renseignements personnels et une fouille corporelle.

Avant d’être interrogé(e)s par les autorités fédérales sur les motifs de leur voyage en Suisse, les migrants et migrantes sont soumis(e)s à des examens signalétiques par la Société Ascom et interrogé(e)s par un spécialiste médical d’ORS Service SA en vue de dépister une tuberculose possible. En outre, des informations portant sur la prévention du VIH sont fournies.

Ascom et Securitas, encore des entreprises par vraiment publiques, entrent en effet en jeu, la belle affaire.

Il est tout simplement stupéfiant de voir que depuis 1992, ORS Service SA  vit et vit bien du business du réfugié sur le dos du contribuable suisse à l’aide de semi-fonctionnaires au statut trouble.

On nous dira que les fonctionnaires feraient moins bien pour plus cher : à voir, mais surtout dans ce domaine, absolument  inacceptable moralement. On peut en effet largement en conclure que finalement, le fric s’accommode parfaitement des migrations, qu’il encourage sans doute puisque la société a des plans marketing…

Avec ce genre de structures plus ou moins souterraines, on n’a vraiment rien à envier aux prisons privatisées de Californie.

PS 1 : Polanski à Zurich, c’est aussi ORS qui le garde ?

PS 2 : le but social d’ORS inclut la sélection de personnel et le recrutement  de personnel… on aura tout vu !

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Catégorie: A la Une, Res politica

Commentaires (1)

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  1. olivier melet dit :

    Au premier chef, ce type de mandat permet de ne pas avoir à rendre public les états comptables.

    Ensuite, à l’évidence, nous voyons dans les trois sociétés citées l’analogue néo-libéral helvétique (mode St-Gallois) des grandes agences fédérales US qui pourraient difficilement émarger officiellement au budget fédéral.

    Je prétends que la suisse n’est qu’une démocratie de façade, en pratique ce serait plutôt une oligarchie dirigée par les seuls intérêts financiers. L’émergence de ce type de structures ‘privées’ opérant des fonctions logiquement réservées à l’Etat montre le mépris profond des milieux financiers pour le citoyen. Plus même besoin de conserver les apparences.

    Pour faire un parallèle sur le business appliqué aux migrants, voici un cas concret: Depuis une bonne partie de l’Afrique, il est aujourd’hui devenu impossible d’obtenir un visa de manière officielle, même pour des personnes ayant effectué le voyage a de multiples reprises (qui démontrent ainsi par les faits qu’elles ne recherchent pas à s’établir sans autorisation)
    Cependant, un versement de l’équivalent de CHF 2’500.- directement au personnel consulaire permet d’obtenir un visa officiel parfois le jour même! (Vérifié à de multiple reprises au départ du Cameroun par exemple)

    Avisé de cette situation, le DFAE refuse d’entrer en matière et élude totalement le sujet.

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